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Ludovic NINET

La fille du van



Le van dans lequel vit Sonja a échoué sur les bords de l’étang de Thau, entre Mèze, Balaruc et Sète. Sonja est un naufrage : elle ne vit plus avec son mari ni son tout jeune fils. En effet, infirmière militaire en Afghanistan, traumatisée par les atrocités de la guerre, elle vit une véritable descente aux enfers, après son séjour militaire, que rien ni personne ne pourrait arrêter. Hagarde, envahie et prisonnière de ses cauchemars, elle oscille entre deux médicaments, entre deux petits boulots, entre passé et présent. La guerre est sous ton nez. Pas celle qu’on te raconte en costume ou en tailleur à travers un écran de télévision, la vraie, qui empeste les boyaux, la peau et les poils grillés, refoule la peur quand le blessé vit encore, mais pour combien de temps et dans quel état, les fluides, tous, dégoulinent, suintent, tu as les mains dedans, tout te salit et t’envahit et c’est quotidien. Tu dors avec. La douce houle de la Méditerranée ne te berce plus et ne te bercera jamais plus. Pourrait-elle reprendre gout à la vie depuis qu’elle a rencontré Pierre, lui aussi, heurté et cabossé ? S’il a eu un passé glorieux d’athlète (Ninet s’inspire d’ailleurs librement de la vie de Pierre Quinon, un athlète perchiste), Pierre a sombré lui aussi dans la dépression, ne parvenant pas à faire le deuil des performances sportives qui l’ont rendu célèbre. Deux autres rencontres, Sabine et Abbès, tentent de convaincre la jeune femme de tenter de revenir vers la vie. Ce récit rappelle parfois la situation de détresse et la fragilité des personnages du roman d’Anna Gavalda, au titre plein de sens pour le récit de Ninet, Ensemble, c’est tout

L’écriture brutale et efficace, rend compte avec intelligence et réalisme de ce que vivent les militaires, lorsqu’ils doivent se trouver confrontés au quotidien après avoir vécu des scènes et des épreuves horribles sur le théâtre des opérations : comment reprendre le cours d’une vie banale, alors que l’on a vécu au milieu des corps mutilés, que l’on s’est battu pour sauver des vies ? L’amitié ou l’amour peuvent-ils être des remèdes plus efficaces que les neuroleptiques ? Sonja est submergée et le narrateur décrit le traumatisme, dans sa violence et son irrationnalité mais sans jamais le juger. Sonja est une héroïne du quotidien et aux prises avec la tragédie de la guerre elle devient une héroïne tragique, balayée par la douleur, anéantie par le traumatisme et la culpabilité. Le choc du passé et du présent souligne ce déchirement.

Ce premier roman est un roman très fort, saisissant, dans lequel Ludovic Ninet n’esquive aucune difficulté pour décrire un impossible retour au présent. Les personnages, attachants et terriblement humains, nous racontent leurs batailles intimes et leurs déroutes après les batailles.

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(28/09/17)    



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Serge Safran

(Août 2017)
208 pages - 17,90







Ludovic Ninet,
né à Paris en 1976,
a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans. La Fille du van est son premier roman.