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Nassar IBRAHIM & Majed NASSAR

Seulement 10 mètres
Nouvelles de Palestine



Quatorze nouvelles pour nous livrer en toute simplicité, sans effets ni pathos mais non sans empathie ni émotion, des bribes de vie de Palestiniens qui vivent en territoire occupé.

Comme partout ailleurs les enfants y jouent et vont à l’école, suivant avec fascination un papillon multicolore, traversant la rue une chanson aux lèvres pour aller à l’aube chercher un paquet de café pour le petit-déjeuner familial, rejoignant des camarades après l’école devant la mairie.
Les jeunes amoureux rêvent de séances de cinéma côte à côte dans l’obscurité et sans surveillance parentale, un aspirant écrivain procrastine, les vaches donnent du lait avec bonne volonté, les chiens aboient tandis que hommes, bus et voitures passent et s’arrêtent au contrôle du checkpoint. Entre les soldats et ceux dont ils vérifient les papiers, « il y a un grand champ de mort, de rancunes ». (Le revenant)
Parfois, la chance s’interpose et parfois non.

« Le soldat observa le visage sombre de Mahmoud et imagina le couteau tranchant entre ses dents. C’était le moment de la confrontation. Tuer ou être tué. Seulement dix mètres. C’était la distance entre la vie et la mort. [...] Mahmoud s’arrêta net, fixant le vide qui le séparait du soldat aux yeux bleus. [...] Il  n’avait ni choix ni alternative : c’était soit reculer vers la mort, soit courir au-devant d’elle. Dix mètres. Une distance inégale entre un couteau et une balle. [...] Et si tout en restait là ? » (Seulement 10 mètres)
« Les incidents sont parfois simples et parfois complexes et les protagonistes sans cesse en mouvement, à la recherche d’une issue » commentent les auteurs dans le prologue.

À l’exception de La radio, nouvelle écrite par Majed Nassar dont il est expressément signalé que l’histoire est « fondée sur une expérience réelle », rien ne distingue ce qui dans ces parcours ou ces personnages appartient à la fiction ou à des faits véridiques. Mais peu importe tant il est clair qu’en ce qui concerne les situations angoissantes, tragiques et parfois plus légères que vivent les protagonistes, celles-ci respirent et crient avec sincérité et justesse les difficultés de tout un peuple.
Cependant, nulle plongée dans le désespoir ou discours militant dans ces pages où, face aux risques et aux humiliations, l’amour, la chaleur familiale, la solidarités’imposent.L’humour, fort improbablement, parvient même à nous faire sourire au détour d’un dialogue, d’une remarque ou du pied de nezsymbolique qu’un vieillard se permet de faire facétieusement aux soldats à la frontière dans Carte d’identité.
Inattendues aussi  ces deux nouvelles (Les vaches, L’assassinat du chien) dont les protagonistes principaux sont des animaux dotés de toute liberté pour nous livrer, avec un regard extérieur et décalé, leur ressenti sur ce et ceux qui les entourent. 

Nassar Ibrahim et Majed Nassar sont tous deux Palestiniens, l’un est journaliste et enseignant à l’université d’Hébron, l’autre est chirurgien à la retraite. Ils vivent à Beit Sahour en Cisjordanie et sont impliqués dans de nombreuses associations.
 
Ces nouvelles de longueur et de style variés à l’aune de l’auteur et la date de leur rédaction (de 1995 à 2002) mais unies par la même réalité quotidienne, avec ses tensions, ses drames et ses petits bonheurs, ont été écrites en langue arabe pour Nassar Ibrahim et en anglais pour Majed Nassar. C’est la première fois qu’elles se retrouvent traduites en français.
Une partie des bénéfices de ce livre est reversée à l’AIC (Alternative Information Center), principale organisation non gouvernementale israélo-palestinienne d’information, de recherches et d’analyse politique.

Un recueil qui s’attache au-delà du conflit israélo-palestinien à restituer au lecteur, dans sa triste banalité, au jour le jour,  le vécu des populations concernées et à travers lui, dans leur humanité, celui de tous ceux qu’un Etat ou la guerre oppriment dans le monde. 
Un point de vue original, intéressant et une initiative sympathique.

Dominique Baillon-Lalande 
(23/11/17)    



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Éditions CNT-RP

(Octobre 2017)
158 pages - 10


Traductrice :
Mari OTXANDI