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Daniel PENNAC

Le cas Malaussène
I - Ils m’ont menti



On retrouve la saga Malaussène avec gourmandise et jubilation car Pennac n’a rien perdu de sa verve. La reine Zabo règne toujours sur les éditions du Talion. En vingt ans, C’est un Ange, Monsieur Malaussène et Maracuja sont devenus adultes mais pas forcément raisonnables. Benjamin reste le bouc émissaire de prédilection. De nouveaux décors, de nouveaux codes où les réseaux sociaux et le téléphone portable s’immiscent dans l’enquête policière.

Quoique totalement invraisemblable, on se plaît à croire à cette histoire rocambolesque. Quelques nouveaux personnages bien typés : Alceste, écrivain « addict à la vérité vraie » qui part en croisade contre le mensonge qui a bercé son enfance et dénonce au passage les émissions de téléréalité où le public applaudit sur commande, où tout est factice et insignifiant ; Georges Lapietà, ancien ministre, affairiste qui vient de liquider les filiales du groupe LAVA, multinationale des eaux, et s’apprête à toucher une belle somme en guise de parachute doré. Alors qu’il se rend à la remise de son chèque, il est enlevé et avec quelle maestria ! On comprend rapidement que les ravisseurs sont des Robin des Bois, qu’ils ont un mobile politique et non crapuleux, d’autant que la rançon doit être remise à un prêtre au profit de ses bonnes œuvres en grande pompe, sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Le manifeste des ravisseurs précise :
« Nous, magistrats bénévoles,
Constitués en tribunal provisoire,
Informons que ledit Georges Lapietà ne sera remis en liberté que contre versement d’une rançon de 22 807 204 euros,
Somme correspondant au parachute doré touché par ledit Lapietà pour la mise à pied des 8 302 salariés du groupe LAVA. »

Grâce à l’enquête policière on apprend tout des malversations de Lapietà et de ses comparses : attribution frauduleuse de marchés publics, rachat de promoteurs en faillite, licenciements, revente après dégraissage, « et ainsi de suite jusqu’à gonfler à mort les finances du groupe LAVA. Le boulot fini, il se tire, point barre. Il passe à autre chose. Au foot, en l’occurrence, qui n’est pas d’un rapport négligeable non plus. »

Je ne peux m’empêcher de rapprocher cet enlèvement de celui raconté par Gérard Mordillat dans La brigade du rire ou encore dans Notre part des ténèbres. Puisque la Justice et l’Etat ont abandonné l’intérêt des salariés, c’est ici un tribunal provisoire qui inaugure le « premier enlèvement caritatif de l’histoire de notre justice. »

Que révèlent ces mises en scène sur notre société ? Pourquoi éprouve-t-on un tel plaisir à voir ces magouilleurs ridiculisés, défaits par des juges intègres, les rois de la finance brisés par des idéalistes ? Les citoyens que nous sommes délèguent-ils aux écrivains la mission de faire justice ? Cependant, on trouve une certaine parenté avec les mouvements anticapitalistes tels « Occupy Wall Street »,  qui sont « les 99% qui ne tolèreront plus la rapacité et la corruption du 1% restant »,  « Podemos », et autres « Indignés » qui ont contribué à faire chuter l'ancien directeur général du FMI Rodrigo Rato, accusé de blanchiment de capitaux. Mais ils n’ont pas le culot, le courage politique ou la dose de folie des personnages de fiction de Mordillat ou de Pennac. On peut le regretter.

Nadine Dutier 
(10/03/17)    



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Lectures









Gallimard

(Janvier 2017)
320 pages - 21







Daniel Pennac,
né à Casablanca en 1944, a publié de nombreux livres (dont les 6 volumes de la saga Malaussène)
et obtenu plusieurs prix
dont le Renaudot
et le Prix du Livre Inter.



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