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Louise PENNY


Le beau mystère
Une enquête de l'inspecteur-chef Armand Gamache


Jusqu’à présent, les romans de Louise Penny nous avaient charmés par leur ton, les histoires originales, les personnages aux destinées complexes, mais surtout par la profondeur des caractères et des motivations, parfois subtiles, des acteurs des différents drames. Et puis à chaque nouvel opus, le plaisir de retrouver l’inspecteur-chef Gamache, son équipe, sa famille attachante, etc. Et ces détails pouvant paraitre anodins, voire anecdotiques et qui viennent donner "corps" et "psychologie" aux protagonistes, mais ne sont jamais fortuits.

Mais ici si le titre nous indique d’emblée qu’il s’agit d’un "beau mystère" : ce n’est pas du tout ce que vous croyez !
Car l’autrice, dans le prologue nous éclaire sur le sujet : « Il fredonnait tout en écrivant. Ses signes simples représentant une main voletaient sur la page, si bien que les mots prirent vie et montèrent dans les airs. Flottèrent gaiement. Il entendit les voix des moines pas encore nés se joindre à la sienne et chanter exactement les mêmes chants qui le libéraient et élevaient son âme en la rapprochant du paradis. En essayant de reproduire le beau mystère, ce moine avait inventé la musique écrite. Ses signes, pas encore des notes, furent appelés "neumes". »

Alors si notre curiosité est en alerte pour ce "beau mystère" et notre intérêt capté par ce qu’il représente, nous n’en comprendrons la profondeur et la richesse qu’après avoir lu ces presque cinq cents pages, et ce, sans vouloir, ni pouvoir, en perdre une virgule, une impression, une note !
Puisqu’il s’agit ici de chant grégorien, de plain-chant, et de voix.
Cependant le mystère n’est pas seulement dans la musique… bien que Louise Penny soit déjà parvenue à nous la faire entendre.

Un crime a eu lieu. Au monastère Saint-Gilbert-entre-les-loups, dont les moines, les gilbertins, qui, depuis des siècles ont fui les diverses persécutions, vivent dans cette abbaye, au cœur d’une forêt du Québec et se consacrent à la musique.  
Mais le chef de chœur a été assassiné. Le père abbé, dom Philippe, décide de signaler ce crime à la police. Et c’est ainsi que l’inspecteur-chef Gamache est admis dans le monastère avec son adjoint Beauvoir.
Cette communauté vit en autarcie et n’admet aucune visite. Mais là, nécessité oblige, le père abbé lève le vœu du silence. Le crime n’ayant pu être commis que par l’un d’entre eux…

Nous apprenons que la communauté a produit quelques mois auparavant, un disque de chants grégoriens qui a eu un immense succès. Alors pourquoi le maître de chœur, ce guide musicien a-t-il été tué ? Quelle motivation avait son assassin ? Le frère Mathieu avait-il d’autres projets, commerciaux ou non, qui pouvaient mettre en danger la sérénité et même la sécurité de la communauté ?
Lors de l’autopsie, on découvre un morceau de papier que le mort avait essayé de soustraire à son agresseur…

Et nous allons suivre avec un intérêt croissant, les divers interrogatoires, les allers-retours des réflexions de l’inspecteur Gamache, qui les prévient : « Une enquête sur un meurtre est catastrophique pour tout le monde lié à l’affaire. Si vous pensiez que le pire était le meurtre, attendez la suite. » Le respect que ces moines lui inspirent ne risque-t-il pas de venir troubler son intuition ? Tous peuvent être suspectés… Il faut donc les connaître, découvrir leurs passions, leurs faiblesses, leurs rivalités, voire leurs secrets. Nous verrons avec l’inspecteur et son adjoint, dans ce temps limité, la vie de ces moines rythmée par les tâches quotidiennes bien définies, leur rites, leurs prières. Et surtout nous serons sensibles à la place que prend la musique pour chacun d’entre eux. « Nous serions prêts à renoncer à tout pour la musique. » « Le chant grégorien n’est pas seulement de la musique ou seulement une prière. C’est les deux à la fois. La parole de Dieu chantée avec la voix de dieu. Nous donnerions notre vie pour ça. »
Alors, lorsque nous fermerons ce roman, nous percevrons encore quelques notes de ces voix sublimes. Nous nous souviendrons de ces moines que Louise Penny nous a fait si simplement connaître, et de ce « beau mystère ».
Quant à l’autre (mystère) son auteur sera bien sûr découvert par notre sagace inspecteur.

L’écriture de Louise Penny, fluide, douce, est ici plus que jamais pertinente. Les touches d’humour viennent à propos, et si des taches sombres nous troublent, elles nous invitent aussi à comprendre, ressentir… tout en "écoutant".
Une certaine hauteur de "ton" ou d’écriture, se dégage de l’ensemble !
Une "belle réussite"... en somme !

Anne-Marie Boisson 
(27/10/17)    



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Noir & polar








Actes Noirs
(Septembre 2017)
496 pages - 23


Traduit de l'anglais
(Canada)
par Louise CHABALIER
et Claire CHABALIER










Louise Penny

est née en 1958 à Toronto.
La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache, traduite en 25 langues et souvent primée, en est à son douzième volume au Canada.


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