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Dominique RAMEAU

Sanglier



Découvrir le premier roman d’un auteur encore inconnu, quel événement ! On se sent chercheur d’or et non simple lecteur : le livre contiendra-t-il des pépites ou seulement des paillettes ? Avec Sanglier, on est comblé. Des pépites il y en a. À chaque page. Peut-être même à chaque phrase.

C’est une écriture qui se paye le luxe d’être simple. Simple comme peut l’être une fleur de pissenlit ou le bleuet ou la fougère. Comme un corps nu aussi. C’est une écriture qui est. Pour la mettre sur la page, Dominique Rameau, certainement, a dû apprendre à se déssaisir de l’inutile.

Et pourtant, tout vibre, tout est dense, tout est enjoué, charnel et profond.

À commencer par Sybille.

Elle vient de la région parisienne et, par sa patronne, sans réelles raisons, est envoyée une semaine dans une maison du Morvan. La demeure est vétuste, abandonnée aux éléments, à la nature. Jadis, un drame y a eu lieu. Qu’y faire ?

Au début, la citadine ne sait pas. Puis elle sait. Elle part à la découverte d’un chant d’oiseau (ne peut-on pas voir autant qu’entendre un chant d’oieau ?). Elle part humer l’odeur du foin. Part dessiner les feuilles qu’une araignée a emprisonnée. Part tracer le contour des vallées, d’un cours d’eau, d’un chemin qu’aucun GPS, jamais, ne remarquera. Ainsi, elle apprend à regarder et, regardant, elle apprend à être au monde.

Elle a soif de plus, alors. Pourquoi ne pas faire corps avec la terre ou le brin d’herbe qu’elle croyait banal et qui se révèle aussi princier que la biche aperçue entre deux fourrés ? Pourquoi ne pas laisser tomber le carcan d’un monde dit civilisé ? S’offrir. Et regarder, encore, jusqu’à construire une topographie, non pas du tendre, non pas des lieux, mais d’elle-même.

Elle écrit la sienne en six jours. À la fin, c’est elle qui le dit, elle est prête pour de nouvelles aventures. Il y a fort à parier que le Morvan y jouera un rôle. Le Morvan ou l’une de ses habitantes. Allons savoir…

Sanglier fait partie de ces livres qui ne s’oublient pas. On le range dans sa bibliothèque et, régulièrement, on le ressort. Comme un Julien Gracq. Comme un André Dhôtel. Car Dominique Rameau est de cette lignée.

Isabelle Rossignol 
(23/01/17)    



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Lectures








José Corti

Collection Biophilia
(Janvier 2017)
128 pages - 14




« La collection Biophilia, créée par Fabienne Raphoz, a pour vocation de mettre le vivant au cœur d’éclairages ou de rêveries transdisciplinaires : éthologues, philosophes, zoologues, ethnologues, systématiciens, folkloristes, naturalistes, explorateurs, illustrateurs pourront s’y rencontrer dans le buisson foisonnant des espèces dont le devenir concerne la nôtre. »
(Site de l'éditeur)