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Cathy RIBEIRO


Faits d’hiver

Elie vit seul dans sa maison des Landes située sur un grand airial, terrain ouvert sur l’extérieur. Il a perdu sa femme, Marcelle, à laquelle il était très attaché.
Il fait nuit et il surveille la fenêtre car depuis quelque temps, du bois disparaît dans son bûcher. Ce soir-là, une ombre passe devant sa fenêtre…
Il se prépare avec son fusil…

En alternance, nous découvrons une famille du Nord qui est venue s’installer dans les Landes. Une femme vit avec ses deux grands fils d’une première union et ses deux autres enfants d’un père différent mais ce dernier est resté dans le Nord avec une nouvelle femme. La vie est très dure pour eux : « Pour la Noël, y avait pas de sapin. On a récupéré des branches. La mère a découpé des bandes argentées dans l'emballage des sachets de purée et on a pendu tous les bouchons qu'on a trouvés : les rouges du Coca, les bleus d'eau minérale, les jaunes et verts de la mayo. Les petits ont dit que c'était « un de faux », mais on était contents. La couleur, ça vous change la vie ! Et puis, y avait la crèche. Sauf que, dans le déménagement, on avait perdu le Jésus. On a beau faire attention, on finit toujours par perdre quelque chose. »

Les deux aînés cherchent tous les moyens d’améliorer leur quotidien car ils manquent  d’argent pour assumer les frais de la vie de famille et leur but est d’aider au mieux leur mère dépassée par la dureté de sa vie.

Elie continue toujours à surveiller derrière son carreau et il parle de la mort de sa femme avec une grande émotion. Il évoque aussi tous les moments qu’ils ont vécus ensemble : « Il sait qu'il ne lui a jamais rien refusé. Venise, c'était au plus de la négligence. Le fol espoir d'avoir encore le temps devant soi pour se décider un jour. Il sait aussi que le rêve est parfois plus fort que la réalité. Marcelle avait besoin de rêver de Venise. Sur Venise. Sa Venise. À la longue, peu lui importait d'y aller ou non. Il fallait qu'elle en parle. Qu'elle entretienne l'illusion. Ou l'espoir... »

En alternance, nous entendons la voix de l’un des fils qui parle de sa mère, de sa souffrance dans leur situation et de tout ce qu’il aimerait faire pour lui rendre la vie plus agréable.

C’est un texte très émouvant porté par une écriture poétique et sensible, pour dire la perte, la douleur, les écarts dans les parcours de vie et l’incompréhension qui peut en découler.

Les deux points de vue déclinent des arguments opposés mais les personnages sont attachants l’un et l’autre. Ils semblent conflictuels mais éprouvent des sentiments communs, notamment l’amour des proches qui transparaît au fil du roman.

La fin à laquelle on ne s’attend pas est à la fois très dure et très humaine.
C’est un superbe roman pour adolescents et tout aussi passionnant pour des adultes car c’est un sujet qui concerne tout un chacun au fil de sa vie.
Le double sens du titre est en écho parfait avec cette double lecture de la vie qui se rejoint dans une humanité commune.

Brigitte Aubonnet 
(18/12/17)    



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Jeunesse







Le Muscadier

(Juin 2017)
64 pages - 8,50










Cathy Ribeiro,
née en 1954, bibliothécaire, a déjà publié une dizaine de livres pour la jeunesse.