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Rob ROBERGE

Menteur
Un mémoire



Le narrateur, parce qu’il a peur de perdre la mémoire, son cerveau ayant subi tellement de traumatismes, jette dans un désordre apocalyptique, sous forme d’agenda éclaté où il se tutoie, les moments cruciaux de sa vie.

Sous les doubles auspices du meurtre non élucidé d’une petite amie d’enfance alors qu’il était encore à l’école primaire et de ses graves problèmes psychiques – Tu es diagnostiqué bipolaire avec cycles rapides et épisodes psychotiques occasionnels –, le narrateur nous raconte ses addictions à l’alcool, à la drogue, au sexe.

Grâce à tes drogues, tu te sens mieux. Alors que les médicaments que le toubib te fait prendre t’abêtissent, tu as l’impression d’avoir la cervelle emmaillotée dans de la gaze glaciale. Comme si quelqu’un avait empoigné une serpillière mouillée et s’en était servi pour te badigeonner l’esprit en gris.

Il nous parle de ses amours, de sa femme, pour qui, pendant quinze ans il a été clean, du plaisir auquel il parvient parfois dans des pratiques masochistes pouvant aller jusqu’à l’automutilation.

Tu prends un tesson en forme de tranche de pizza. Tu as l’idée d’entrer dans le bar et tu essaies de lutter contre, mais il faut que d’une manière ou d’une autre tu changes d’humeur. Tu remontes ta manche mouillée. Tu te coupes l’avant-bras, en profondeur, mais pas au point de nécessiter des points de suture. Les trois coupures se remplissent de sang et immédiatement tu te détends, tu regardes alors dans le bar et te rends compte que tu n’as pas besoin de boire.

Mais cette même bipolarité qui le torture lui donne aussi une capacité d’apprentissage énorme, une mémoire astronomique, une énergie débordante qui lui permettent de réussir dans tous les domaines  qu’il touche : le basket où il subit ses premières commotions cérébrales ; le rock, il est chanteur et guitariste notamment dans le groupe punk The Urinals ;  il est en même temps, après les petits boulots de la jeunesse pour survivre, journaliste, cinéaste, scénariste,  écrivain,  dramaturge, metteur en scène, professeur d’écriture créative et… menteur !

Tu vas te suicider. Ça fait un an que tu as rechuté, après presque quinze ans sans drogue ni alcool, et tu es un menteur – tu as menti pratiquement à tous les gens que tu connaissais. Et tu es de nouveau celui que tu as toujours été. L’homme que tu méprisais. Tu as maintenant deux possibilités : tu peux ou bien être un junkie ou bien te désintoxiquer.

Le lecteur, ballotté d’événements tragiques en réussites fulgurantes, de moments magiques en instants sordides, perdu dans l’accumulation des  expériences extrêmes du narrateur qui semble lui-même se perdre dans ses souvenirs comme dans le dédale d’ordures entassées dans la maison de sa grand-mère, malade mentale, qui n’a rien jeté de toute sa vie, est confronté à l’éternelle question de l’autobiographie : une construction littéraire où il est impossible et vain de démêler le faux du vrai : reste  un mémoire, la vie d’un homme, un imbroglio grandiose et dérisoire.

Sylvie Lansade 
(16/03/17)    



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Lectures









Gallimard

(Février 2017)
272 pages - 21




Traduit de l'anglais
(États-Unis)
par Nicolas Richard