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Emmanuel RUBEN

Sous les serpents du ciel



Le lecteur d'Emmanuel Ruben retrouvera l’univers romanesque de l’auteur en lisant Sous les serpents du ciel ; le narrateur entraîne le lecteur vers des contrées arides, entre mer et désert, sur une frontière entre deux territoires. Nous sommes dans une ville orientale, d’un côté ou de l’autre de la frontière, avec en point de mire ces « serpents du ciel ». Les allusions des personnages nous entraînent volontiers vers un Moyen-Orient, où la terre est disputée et arrachée.

Walid est un jeune homme devenu  expert dans l'art des cerfs-volants, héros, martyr et mythe, "terroriste, meurtrier et victime". Vivant à la frontière entre deux terres, dans un orient déchiré, il a été assassiné, il y a près de vingt ans, dans des conditions qui n'ont toujours pas été élucidées et qui créent un mystère autour du jeune homme : Tu es né avec ce siècle, Walid, mais tu n'auras pas connu l’ère des serpents d'airain, des voûtes de verre et des vols de bourdons. Tu n'auras pas vu les murs tomber, s'ériger de nouveau, retomber; tu n'auras pas vu revenir dans nos chaumières la peur des barbares, à l'heure où les vieilles frontières se secouent telles les chaînes de volcans mal éteints, à l'heure où s'effrite la fragile tectonique de la paix, à l'heure où nous assiègent des armées de robots et d'illuminés.

Chacun lui rend hommage à sa façon, avec ses mots, son style, son âge, sa sensibilité. Les voix s’opposent, se répondent et donnent vie, tragique ou poétique, au gré des cerfs-volants, à un monde brutal et humain... Les femmes, s’exprimant dans un chœur qui n’est pas sans rappeler celui des tragédies antiques, élèvent leurs voix pacifistes avec passion et dignité. Ainsi au lecteur de construire l'histoire et de reconstituer une cartographie des lieux, au fil des voix et des témoignages.

La terre, la frontière, le déchirement entre deux pays et ce ballet de cerfs-volants dans le ciel confèrent à ce texte des accents épiques, lyriques et très poétiques : l'écriture nous entraîne dans un univers plus imaginaire que réel. Nous retrouvons avec plaisir les thèmes chers à Ruben : la géographie, la frontière, la construction du personnage, originale. Le récit, lui aussi, tel un cerf-volant, vogue aux frontières du roman par les calligraphies, les dessins, la polyphonie qui comme l’opéra joue avec les tons…

Dessiner des pays imaginaires et bricoler des cerfs-volants : Walid se reconnaît ce savoir-faire, mais ce pourrait être la devise d’Emmanuel Ruben : un romancier, un poète dont l'écriture est un fil qui serpente entre le réel et l'imaginaire, qui joue avec le langage, entre le roman et la poésie, entre la voix et le chœur. Une belle écriture pour un beau roman.

Sylvie Legendre-Torcolacci 
(09/11/17)   



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Editions Rivages

(Août 2017)
300 pages - 20




Emmanuel Ruben

Visiter son blog :
www.emmanuel
ruben.com




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