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Camilo SÁNCHEZ


La veuve des Van Gogh


On a beaucoup écrit sur Vincent Van Gogh, sa vie et son œuvre, sa relation avec son frère Théo et leur correspondance, mais que sait-on de ce qui s’est passé dans les mois qui ont suivi la mort des deux frères, de ce que sont devenus les peintures, lettres et dessins stockés ici ou là ? L’auteur répond à cette question en choisissant un point de vue original, celui de Johanna Van Gogh-Bonger, épouse de Théo, une femme énergique, moderne pour son époque, qui va protéger, valoriser et diffuser l’œuvre de son beau-frère. Le livre se déroule sur deux années, alternant récit, journal intime et extraits de lettres.

Nous sommes en juillet 1890, Vincent vient de mourir à Auvers-sur-Oise et son frère Théo, après les obsèques,  rejoint l’appartement qu’il occupe à Paris, rue de Pigalle, avec son épouse Johanna et leur bébé, Vincent, âgé de six mois. Théo, malade et déprimé, reste des jours entiers au lit, s’enferme dans la lecture des lettres de son frère, devient violent…

Johanna s’occupe de son mari et de leur bébé, des cinq cents toiles de Vincent accumulées dans l’appartement et des six cents cinquante lettres dont elle nous livre quelques extraits.

La tâche est si lourde qu’elle décide de rentrer aux Pays-Bas, d’abord dans la famille Van Gogh, à Utrecht où Théo sera suivi médicalement, puis interné jusqu’à son décès en janvier 1891.
Ensuite, Johanna retourne dans sa famille à Amsterdam où, avec l’aide de ses parents, elle achète une maison dans un village à une vingtaine de kilomètres et crée des chambres d’hôtes.

De là, elle va pouvoir s’employer à faire connaître plus largement l’œuvre de son beau-frère avec le soutien de quelques amis fidèles au souvenir de Van Gogh, notamment le peintre Émile Bernard, le critique d’art Albert Aurier ou l’écrivain Octave Mirbeau.

Au fil du récit et des extraits du journal de Johanna, nous voyons toute l’énergie qu’elle a déployée pour gérer une situation familiale difficile, puis pour protéger et mettre en lumière l’œuvre de Van Gogh dont elle a su percevoir la qualité et l’importance à une époque où il était encore très décrié. Elle n’a pas ménagé sa peine pour organiser des expositions – sachant vendre les toiles avec parcimonie pour faire monter la cote – et favoriser la publication d’extraits de lettres où Van Gogh évoquait avec passion ses conception de la peinture.

Le résultat est un livre passionnant et émouvant, riche des souvenirs que Johanna conservait de Vincent quand elle se remémore leur première rencontre ou les visites qu’il faisait à son frère et intéressant aussi par le contexte de cette année 1890 où les cochers faisaient grève à Paris et à Londres, où l’empereur d’Allemagne Guillaume II est fier d’un nouveau canon Krupp capable de tirer un projectile à une distance de vingt kilomètres, sans oublier la mort du roi  Guillaume III des Pays-Bas laissant le pouvoir à sa fille de dix ans.

L’ouvrage se termine avec une Johanna apaisée mais perplexe qui, en 1892, « ne sait pas encore si elle se trouve au point culminant d’une aventure ou au début d’un long parcours qui vient de commencer ». Il est vrai que rares étaient ses contemporains susceptibles d’imaginer qu’un tableau comme « Les iris », acheté par Octave Mirbeau avec « Les tournesols » pour six cents francs les deux, atteindrait plus de cinquante millions de dollars un siècle plus tard…

Serge Cabrol 
(12/06/17)    



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Lectures








Liana Levi

(Mai 2017)
160 pages - 16


Traduit de l’espagnol
(Argentine) par
Fanchita Gonzalez Batlle










Camilo Sánchez,
né en Argentine en 1958, est diplômé en journalisme et sciences humaines.
La Veuve des Van Gogh
est son premier roman.