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Véronique SOUSSET

Défense légitime



Voilà un récit qui nous touche au plus profond de nos émotions car la parole de Véronique Sousset est authentique et sans concession pour parler de la défense d’un homme que l’opinion considère comme un monstre. En tant qu’avocate de la défense, Véronique Sousset se pose de nombreuses questions sur son rôle, sur l’engagement qu’elle ressent comme indispensable de donner à chaque être humain la possibilité d’être défendu malgré toute l’horreur de son crime : « Parce que tout être humain a le droit d'être défendu au nom des lois de la République, de ses valeurs de liberté, d'éga­lité et de fraternité. Et si défendre n'était pas excuser, ni trou­ver des circonstances atténuantes, mais expliquer, donner du sens, guider sur le chemin escarpé de la vérité, pour juger en connaissance de cause, surtout quand la peine encourue est lourde ? Puisque chacun peut un jour être désigné juré en cour d'assises, chacun a le droit et le devoir de savoir qui il va juger, qui est cet homme derrière le crime. » En effet, l’homme que cette avocate, commise d’office, va rencontrer a torturé et fini par tuer sa propre fille dans une relation très perverse qu’il avait avec sa femme : « Elle aussi vous emprisonne. »
  
Les réflexions très philosophiques et jamais manichéennes sur la complexité d’un humain avec toute sa complexité où se mêlent l’horreur et la sensibilité nous troublent comme Véronique Sousset l’a été par ce procès. En effet, malgré la difficulté qu’elle a pu ressentir elle a tout fait pour que cet homme puisse quand même revoir ses autres enfants et avoir l’espoir un jour, après avoir purgé sa peine, de retourner à la vie : « C'est donc un combat à mener pour permettre à ce père de revoir ses enfants. Si j'obtiens cela, alors le monstre reculera. »

Aucune concession n’est faite pour dénoncer les stratégies utilisées pour brouiller les pistes des services sociaux : « J'ai appris que votre famille était suivie par les services sociaux mais que leur action de protection avait été compromise par vos déménagements à intervalles réguliers. Vous aviez décidé de brouiller la piste pour que l'on ne puisse vous inquiéter, ni venir vous questionner sur les absences répétées de votre fille à l'école, ou sur les raisons des marques sur son corps. »  

Tout au long du récit, les pensées et l’affection pour cette petite fille au destin tragique, se situent en filigrane.

C’est un très beau texte qui pose les vraies questions : « La propension à confondre droit et morale est néfaste à la difficile mission de juger. Il n'y a qu'à constater la pléthore de lois pénales édictées depuis ces dernières années pour répondre au gré de faits divers dramatiques, à l'émotion de l'opinion. On cadenasse, on verrouille, on gomme la réflexion au profit de la répression. Pour quel gain ? Sinon celui de la bonne conscience. »

Ce récit nous rappelle la nécessité de défendre la justice et son indépendance. Continuer à rechercher l’humanité qui demeure dans chaque être, même quand les circonstances prouvent le contraire, est très bien rendu dans la complexité des sentiments et de l’éthique professionnelle qui s’entrechoquent. Dans ce récit, la victime de ces actes terribles, une enfant, est très présente et demeure au cœur de toutes les pensées.

Brigitte Aubonnet 
(27/03/17)    



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Lectures









Rouergue

Collection "La brune"
(Février 2017)
144 pages - 16







Véronique Sousset
a d’abord travaillé dans l’Administration Pénitentiaire avant d'exercer le métier d’avocate pendant quatre ans. Elle est aujourd’hui directrice d'un établissement pénitentiaire.



Premier document non-fiction publié dans la collection "La brune". L’affaire relatée est la même que celle dont s’est inspiré Alexandre Seurat dans son roman
La Maladroite.