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Thomas VINAU

Il y a des monstres qui sont très bons


Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !
(Arthur Rimbaud, Le bateau ivre)


Un poème par jour. Bien relu, bien mâché, gueulé au torrent, murmuré à la montagne, bien pétri avec le pain. Je n'oserai pas dire digéré mais il y a de ça. Les monstres de Vinau sont venus habiter chez moi : ours, âne, chien, vieux SDF ou leurs ombres... Ils ont, bien sûr, convoqué d'autres poèmes, ceux appris par cœur, de l'enfance à l'adolescence, ceux dont on ne connaît plus que des bouts, un vers, un mot, des obsessions de sons, des éclats scintillants...

Premier jour : Un ours qui cherche
Il est l’orphelin
des prairies sombres
le souverain
des hurlements […]
Il avance pour gifler
le vide qui le dévore

Deuxième jour : Le raconteur
J'ai vu de la tendresse
entre une abeille
et une fleur […]
Il tente de sucer la lune
dans la nuit trop longue
Parfois c'est comme
goûter la couleur
des crayons de couleur

Troisième jour, La barque
Le temps sur ma poitrine. Le gros cul gélatineux du temps.
Sur ma poitrine. Sa graisse qui m’étouffe.
Ses os qui m’écrasent.
Du sable dans ma bouche boursoufflée.

Quatrième jour : Mon ombre et l'ombre du chien
Plus on est seul
Plus ça fait du bruit

Cinquième jour : La horde
Nous sommes une revanche
de la rosée
Nous persistons
Nous avançons

…des miroitements, des bribes pour mieux respirer, pour éjecter la bouillie intérieure, en faire une fulgurance. À propos de fulgurances, ces monstres-là ne seraient-il pas un tantinet rimbaldiens, de la violence dans la tendresse, de la haine dans l'amour, de la beauté dans l'horreur et... la solitude comme chante Ferré. Imbibons-nous de poésie pour combattre la médiocrité. Voici encore quelques morceaux de Monstres, morceaux de choix, le mien, mais tout est bon chez ces bêtes-là, servez-vous !

Du sixième au onzième jour : Eux
On quitte le vers libre pour des paragraphes en prose, un pour chaque  portrait de SDF.
Eux ne sont pas des salauds. Ce sont des chiens perdus. Des enfants puants ensevelis sous des couches de chair morte à force de n'avoir pas été dite. Ils sont la langue que personne ne parle. […] Les remugles édentés qui s'effilent autour de nos miroirs.

Fait d’hiver est écrit aussi en prose et en paragraphes.
L'aube cherchait sa mère, une source au cœur chaud, une main qui recoiffe ses épines diaphanes. Et chaque jour avançant était cet orphelin.

La neige a bu la lumière mêle les paragraphes en prose aux vers libres.
Toutes les directions sont possibles
puisque aucune ne mène nulle part

Les trois derniers poèmes sont en vers libres, comme les cinq premiers.
Je bois tous les mélanges
Ma crasse vous nettoie
en tout cas
le monde n'en sera pas plus sale

Dans la plaine grise où un sac plastique, comme un nuage, prend toutes sortes d'aspects.
et c'était comme
des milliers de petites preuves
que j'étais encore vivant

J’avoue une grande faiblesse pour le dernier poème, Craché là. Je me retiens de ne pas le citer en entier mais non, apprivoisez vous-mêmes ces Monstres, décidément très bons !
Craché là
chacun tente
de saisir
la sublime
et infâme
confusion
de vivre
avec
le peu qu'il y a
de mots
un peu comme
ce chiot
qui s'évertue
à mordre
le ciel
dans les reflets
d'une flaque d’eau

Sylvie Lansade 
(18/08/17)    



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Posie














Le Castor Astral

(Mars 2017)
128 pages - 13








Thomas Vinau,
né à Toulouse en 1978,
a déjà publié une trentaine de livres (romans, poésie, jeunesse).


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Bleu de travail