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Violaine BÉROT

Nue, sous la lune



Elle fuit. Elle s’est enfuie de là où elle vivait avec lui, le sculpteur qu’elle admirait et qu’elle était allée voir pour qu’il la guide dans son parcours de créatrice. Elle aussi est sculptrice. L’écriture de Violaine Bérot est forte, elle nous prend aux tripes. En effet, nous nous identifions aux souffrances de cette femme qui s’enfuit, la peur au ventre. Ses larmes coulent comme si elle se vidait de toutes les humiliations subies.

Ce n’est pas la première fois qu’elle quitte cet homme manipulateur qui la détruit au quotidien par ses propos, par l’indifférence qu’il exprime vis-à-vis d’elle, par les critiques qu’il lui dit devant témoins. Il sait exactement comment l’atteindre car il a bien percé ses failles. Elle lui a parlé de ses peurs intimes et il en profite : «  Je t'avais avoué combien la folie de ma grand-mère me faisait peur parfois, et aussi que je me savais capable d'y sombrer à mon tour. Tu étais le premier à qui j'osais révéler cela, cette faille en moi, insoupçonnable. Tu n'avais fait sur le moment, j'en suis certaine, aucune remarque qui aurait pu m'amener à regretter mes paroles, mais plus tard, bien plus tard, des mois, des années après, l'air de rien, tu me disais de temps en temps, tu finiras comme ta grand-mère. »

Mais peut-on se libérer d’une emprise si forte où se mêlent l’amour, la haine, la rivalité créatrice ? « Si tu savais comme elle pue, la vie sans toi. » Voilà ce que pense la narratrice alors qu’elle essaye de se persuader qu’elle doit quitter cet homme qu’elle admire mais qui la tue à petit feu. Il est vieux, sa peau est usée, il l’isole de ses proches, elle n’a plus de place, elle ne peut affirmer ce qu’elle est vraiment. La complexité de cette relation est superbement relatée.

C’est un roman terrible et magnifique, magnifiquement terrible.
On ne peut s’empêcher de penser à Camille Claudel et Auguste Rodin, deux créateurs de génie qui ont eu aussi une relation très compliquée avec ce lien avec la folie que l’on retrouve dans ce roman. L’amour entre deux créateurs est-il possible sans rivalité ? Comment exister ? Comment continuer à se consacrer à sa propre création quand l’amour mène à se sacrifier pour la création de l’autre ?
Elle n’a plus d’existence à côté de « lui » le créateur admiré.

C’est un roman qui se lit en un souffle, celui de la survie. Jusqu’à quel point nous mènera-t-il ? A lire absolument.  

Brigitte Aubonnet 
(20/01/17)    



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Buchet-Chastel

(Janvier 2017)
128 pages -12






Bio-bibliographie sur
le site de l'auteure :
https://violaineberot.
wordpress.com






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Des mots jamais dits