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André BLANC


Rue des Fantasques


Quel plaisir, et rassurant de surcroît, de retrouver le Commandant Farel, ce flic lyonnais, intelligent, opiniâtre, intuitif et entouré par une équipe compétente.
Rassurant, parce que si l’on a déjà lu ses aventures, on se dit que même si l’on découvre des êtres pollués par le goût du pouvoir et/ou de l’argent et ce, à quelque niveau que ce soit, chez les voyous, bandits et autres malfrats, comme dans les sphères plus distinguées mais néanmoins corruptibles de l’état, on se dit également que le commandant Farel réussira à faire surgir la vérité et punir les méchants. Et en ces temps troublés cet espoir est loin d’être négligeable, même s’il est dû à une fiction !

« Farel enfila son ciré pour se protéger de la pluie, mit ses gants et resta debout à examiner le corps. Au dégout de l’insupportable s’ajoutait la colère froide. Il savait qu’au moment où il s’agenouillerait près du corps, tout s’enclencherait sans jamais le lâcher, ni espérer un hypothétique retour. »

À partir d’un drame : une jeune femme tombée du septième étage – « Raffinement et barbarie mêlés. Quel enchaînement avait conduit à cet instant fatal ? Qui lui avait mis une balle dans le cœur, l’avait poussée dans le vide ? » – l’équipe va découvrir que la victime, Mara Tessador, était propriétaire de l’immeuble, devenue riche après avoir gravi, depuis ses origines modestes, les échelons, pas toujours aisés, de l’échelle sociale. De nombreuses supputations, jusqu’à ce qu’apparaisse une personnalité hors du commun : intelligence, habileté, détermination. Son entourage est observé, interrogé, parfois interpellé. L’enquête s’intéressera particulièrement à certains hommes qu’elle fréquentait ou avait fréquentés, et nous verrons ainsi grâce à la sagacité du commandant Farel comment tout cela a pu se tricoter. Nous passerons du goût de certains malfrats pour le fric et ses effets – surtout quand il peut être la raison même de vivre pour quelques-uns – aux ambitions d’hommes de pouvoir, qui lorsqu’ils sont corrompus, n’hésitent pas à faire éliminer les risques en même temps que les personnes.

Nous découvrirons ainsi des arnaques à la taxe carbone, des rivalités mafieuses, et surtout nous aurons un aperçu des ramifications complexes des réseaux criminels.

Cette description habile nous donnerait presque le tournis. Car au fur et à mesure que l’enquête avance, Farel révèle des sous-bassements plus sordides les uns que les autres, jusqu’à nous alerter sur ce que l’espionnage informatique peut laisser se propager…

Et puis, à l’occasion, on pourra trouver quelques réflexions à propos d’une réalité contemporaine, comme par exemple : « Mais vous tous qui nous méprisez, vous êtes bien contents quand un flic lambda entre dans le Bataclan avec sa seule arme de service pour vous défendre, qu’il prend des bastos dans la gueule, laissant une veuve… J’en ai marre de cette idéologie malhonnête. »

André Blanc, l’auteur de ce roman, est très habile : tout en nous scotchant au travail des enquêteurs, à cette équipe pleine de talents divers, il nous livre aussi et en parallèle, les nombreux apartés des principaux protagonistes. Ce travail d’écriture laisse à la fois la narration analyser et décrire les actions, mais pose, et ajuste, au milieu de son déroulement, les pensées des principaux acteurs.

Donc une fiction pertinente qui ose flirter avec une réalité contemporaine que nous n’avons pas envie de mesurer. Un roman qui parfois peut nous faire trembler lorsqu’il laisse entrevoir tel scandale politico-financier, ou autres détournements de biens publics, un roman humain, où les caractères apparaissent nuancés et notre héros toujours aussi attachant dans sa fougue alliée à sa rigueur professionnelle. Encore une fois, ce subtil mélange pour notre satisfaction.

« Farel descend du tram dans un flot humain, traverse la rue en courant, entre dans le palais de justice. Passe le contrôle de sécurité et débouche dans le grand hall, noir de monde. Fasciné par ce lieu où devrait être rendue la justice des hommes… Doux rêve où la justice des grands étouffe celle des petits, dans une suspicion nauséabonde. Pensif, il resta à les regarder. »

Anne-Marie Boisson 
(16/08/18)    



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Noir & polar








Jigal Polar
(Février 2018)
264 pages - 19










André Blanc


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polar.jigal.com








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