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Françoise ASCAL


La barque de l’aube


C’est un texte poétique très sensible sur la peinture de Camille Corot et son rapport à la création. Toute l’évolution de son œuvre apparaît sous la plume de Françoise Ascal qui rend très bien ce que peut être un paysage, le rapport à la nature, la façon de travailler de Camille Corot. Charles Juliet préface l’ouvrage : « Face au paysage qu'il avait choisi de peindre, il se contentait de prendre des notes, de faire des croquis. Il était "l'homme des carnets". La toile n'était entreprise qu'à l'atelier une fois le paysage recréé par le souvenir, les rêves, la méditation... Libéré de la présence du paysage, il pouvait laisser parler sa sensibilité. »

En parallèle, l’évocation de Camille, mort à 19 ans au moment de la Première Guerre mondiale : « Camille. Tu portes le même prénom que ce jeune homme dont j'ai scruté autrefois le visage sur une photographie de famille. Toi, peintre infatigable, galopant à travers bois et chemins creux jusqu’à quatre-vingts ans, et lui, foudroyé à dix-neuf ans, deux trous rouges au côté droit. Vous auriez pu arpenter les mêmes terres, longer les mêmes rivières, graver vos initiales sur les mêmes écorces de frêne. Vous cohabitez sous mon crâne sans égard pour le temps. »

En alternance, les souvenirs du jeune Camille, qui vivait dans la nature puisqu’il était paysan, et du peintre Camille Corot qui écrit : « J’invite la Nature à venir passer quelques jours chez moi ; c’est alors que commence ma folie : le pinceau à la main, je cherche des noisettes dans les bois de mon atelier… »

Le jeune Camille hante Françoise Ascal : « Aussi seule que Camille dont j’entends cogner le sang sous mes tempes. Camille couché dans la terre. Avec tous les autres dont j’ignore le nom, jeunes recrues menées pareillement à l’abattoir. Est-ce ce poids de mort et de douleur que je cherche à dissoudre dans la contemplation de ta lumière ? S’agit-il de se perdre dans le paysage, délesté du fardeau de son propre corps, hors d’atteinte de la fureur de la guerre qui sévit en tout instant et tous points du globe ? »

Françoise Ascal réintroduit la création artistique de Camille Corot dans l’histoire picturale en évoquant le travail d’autres peintres ou en citant ce que ses contemporains disaient de lui. Cela permet d’avoir une vision très fine et pertinente de son approche.

Il y a le temps de la création et le temps de l’observation de l’œuvre.  Baudelaire donne son avis sur Corot : « Heureux ceux qui sauront prendre leur temps, examiner tes toiles sans impatience car monsieur Corot étonne lentement. »

« Corot a dessiné et modelé chaque tronc d’arbre avec la même dévotion et le même amour que s’il avait été une figure », écrit Van Gogh à son frère.

C’est un texte où l’on retrouve la délicatesse poétique de Françoise Ascal qui nous permet d’avoir un regard riche sur la création de Camille Corot tout en partageant les sentiments de Françoise Ascal sur un jeune homme lui aussi pétri de Nature.  

Brigitte Aubonnet 
(30/11/18)    



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Arléa

72 pages - 7






Françoise Ascal,
auteure de récits, poèmes et journaux, a déjà publié une trentaine de livres.

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