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Sebastian BARRY


Des jours sans fin


Les éditions Joëlle Losfeld aiment les auteurs irlandais. Plusieurs et pas des moindres sont régulièrement publiés par l’éditrice. On peut se rappeler le récent Ensemble séparés de Dermot Bolger, chroniqué ici même. Mais si le premier explore le monde contemporain, Sebastian Barry, lui, aime se tourner vers le passé. Il l’a fait notamment dans A long, long way et il le refait ici, dans cette superbe odyssée de l’une des plus terribles pages de l’histoire américaine : la guerre de Sécession.

On croit toujours connaître une guerre. On croit peut-être même connaître LA guerre. On en a lu des récits, on en a vu des images. Pourtant, Sébastien Barry parvient à montrer la guerre sous un jour nouveau. Il nous montre des morts, oui. Il nous montre des batailles, des injustices, des Indiens qui tombent et des soldats qui meurent, les uns à l’air libre, les autres dans des tombes de fortune tandis que des Noirs sont pendus haut et court. Oui, il y a tout cela. Mais il y a avant tout un narrateur qui vit sa guerre en rêvant d’amour.
  
Ce narrateur s’appelle Thomas. Il a fui l’Irlande à cause de la Grande famine, est venu en Amérique et a rencontré John Cole. Aussitôt, les deux hommes sont tombés amoureux l’un de l’autre et, bien que soldats, ont partagé leur lit chaque jour. Thomas s’est découvert de plus en plus femme auprès de John. Bientôt, il a souhaité enfiler des robes et le soldat qui tuait ici se promenait ailleurs en femme.

C’est ce personnage singulier qui donne à tout le récit une force inégalable. Sa voix, portée par sa nature aussi féminine que masculine, rend la guerre aussi tendre que complexe. Sans prendre jamais parti, il se fraye son chemin d’un combat à l’autre, les vrais combats n’étant pas pour lui ceux qui se déroulent sur les champs de bataille. Ce qu’il cherche, c’est à se créer une famille avec John Cole, et, pour cela, il est prêt à tous les courages ainsi qu’aux choix les plus intrépides voire les plus drôles.

Le récit relève ainsi du western. On y rit, on y voit l’Amérique en train de se faire, on y voit des tirs à gogo, on y voit des amitiés, des scènes de cabaret, des Sioux et des bisons. On y voit surtout Thomas. Thomas McNulty qui avance vers son idendité d’homme-femme. Et va oser aller vers le bonheur.

Isabelle Rossignol 
(12/03/18)    



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Lectures








Joëlle Losfeld

(Janvier 2018)
272 pages - 22

Traduction de l'anglais
Laetitia Devaux




Sebastian Barry,
né Dublin en 1955,
est romancier,
dramaturge et poète.

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