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Jean-Paul CHAUMEIL


Parfois c’est le diable
qui vous sauve de l’enfer


Boris est détective privé, un loup solitaire qui erre dans les rues de Bordeaux la nuit en quête de castagne, de baston, de violence, de quoi atténuer la haine qui met « son âme en lambeaux ». Il n’a pas toujours été comme ça. C’est seulement depuis une quinzaine d’années. Plus précisément depuis le 11 septembre 2001. Ce jour-là, il était à New-York avec sa femme Bérénice. Ils visitaient le World Trade Center.
« Je suis allongé la tête vers la bas et je penche dangereusement ; mon épaule droite, celle qui supporte tout le poids de son corps à elle, est appuyée contre ce qui reste d’une cloison. » Bérénice est suspendue dans le vide, seulement accrochée d’une main au poignet de Boris. Régulièrement elle vient hanter les rêves de Boris. « À l'instant où la paroi sur laquelle je prenais appui pour résister aux forces de la pesanteur se désagrégeait, tu me dis que c'est toi qui as écarté les doigts scellés autour de mon poignet pour me rendre à la liberté, pour que je vive et que j'élève notre fille, mais je n'en crois pas un mot, c'est moi, et moi seul, qui ai dit oui à la mort, pendant que tu t'éloignais, absorbée par le vide de l'espace infini qui nous séparait de la terre ferme. »
Mélange de culpabilité et de haine. Quand il est rentré seul de New-York, il n’a pas pu reprendre une paisible existence. Il a confié leur fille, Julia, à Monica, la sœur de Bérénice, et il est parti exorciser sa haine contre les talibans de Kaboul. Membre du commando Delta rompu aux missions les plus dangereuses, sans le moindre état d’âme.

Quand il est revenu en France, après toutes ses années de guerre, il n’a pas revu Julia. Comment une petite fille, puis une adolescente, pouvait-elle admettre qu’après la mort de sa mère, son père puisse l’abandonner pour plonger dans l’enfer des combats ? Elle le lui a écrit mais les lettres ne lui sont pas parvenues, il ne les découvre que maintenant.

Et maintenant, n’est-il pas trop tard ?

Quand s’ouvre le roman, Boris apprend que Lucia fréquente un jeune fasciste, membre d’un groupe identitaire. La surprise est de taille. Lucia dont le grand-père maternel faisait la guerre d’Espagne avec les Républicains. Lucia, dont la mère militait à l’extrême gauche. Comment pouvait-elle ainsi basculer dans l’extrême droite ? Elle s’en explique dans une lettre envoyée à son père. « Je sais – oh combien ! – que ce que j'écris est choquant pour toi. Mais les lendemains qui chantent ne sont pas pour maintenant. Le temps de la souffrance et des larmes est venu. À partir de maintenant, il faut défendre notre territoire et nos valeurs. Plus tard, quand mes petits-enfants vivront dans une Europe sécurisée, alors, on pourra ouvrir un dialogue avec l'Orient et l'Afrique. »

Boris est à la fois abasourdi et révolté. D’autant plus que ce roman noir est aussi un roman policier. Wolf, l’homme que fréquente Julia est recherché pour homicide, trafic de drogue, trafic d’armes et préparation d’un attentat. Boris veut retrouver Wolf et Julia avant la police. Une course contre la montre est engagée…

En suivant Boris, au plus près de ses émotions, de sa violence, de sa culpabilité, de ses remords, le lecteur est au cœur d’une terrible opération de guerre. Pour Boris, tous les moyens sont bons pour essayer d’arracher sa fille à l’enfer où elle s’est réfugiée.
L’amitié, l’honneur, le respect de la parole sont des valeurs fortes pour Boris qui ne sera pas seul pour affronter la meute des loups. Louis, un commissaire de police ; Manuel, un Colombien qui s’est battu avec les FARC ; Ahmed et les anciens militants de l’extrême gauche où militaient autrefois Boris et Bérénice…
Jean-Paul Chaumeil réussit un roman très noir, violent et, en même temps, profondément humain tout à fait d’actualité face au combat contre le terrorisme et à la montée des nationalismes. Un livre à ne pas manquer pour les amateurs de sensations fortes. Un auteur à suivre…

Serge Cabrol 
(04/10/18)    



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Noir & polar









Rouergue Noir

(Septembre 2018)
272 pages - 20










Jean-Paul Chaumeil
vit à Bordeaux. Son premier roman, Ground Zero, a paru en 2015
chez le même éditeur.