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Didier DAENINCKX


Artana ! Artana !


Artana ! Artana !, c’est le cri d’alarme des guetteurs prévenant les dealers de l’entrée d’un inconnu dans la cité. La cité, les dealers, la drogue, il en sera question mais ce n’est pas ce qui préoccupe le narrateur au début du roman. C’est la mort d’un proche dans une île thaïlandaise qui va l’amener à quitter sa Normandie pour un périple qui n’a rien de joyeux. Nous retrouvons la plume acérée de Didier Daeninckx dans ce roman noir, où politique et délinquance s’unissent pour mener au mieux leurs trafics et autres magouilles financières sans souci de l’intérêt des populations locales.

Quand s’ouvre le roman, Erik Katezer vient de terminer une opération sur un boxer dans sa clinique vétérinaire normande. Il ressasse les moments passés avec Sylvia, sa compagne pendant plusieurs années, passionnée de poésie, un moyen d’exprimer sur scène la folie qui l’habitait. Pour des raisons obscures qu’on découvrira au fil du livre, sa famille s’est résolue un jour à demander un internement d’office dans un hôpital psychiatrique où elle végète depuis sept ans. « Je n’avais rien pu faire contre l’avis des deux médecins psychiatres et l’autorisation d’hospitalisation signée par Sakina, la mère de Sylvia, ainsi que Loubna, sa demi-sœur, et Ryan, le petit dernier. »

Depuis, Erik n‘avait pas eu de nouvelles de Loubna et il est très étonné par son coup de téléphone de Montréal où il ne savait même pas qu’elle était installée.
« – Je ne sais pas comment te dire ça, Erik… On vient juste d’être prévenus. Ryan est mort, il a été tué en Thaïlande, sur la plage, près du village où il s’était installé. Je suis bloquée avec les deux petits et je ne peux pas …
La nouvelle me frappe avec la violence d’un coup de poing au plexus. Ryan ! Je l’ai connu tout gamin lorsque Sylvia me traînait dans la cité Fougeron, à Courvilliers pour d’interminables repas de famille. »

Il faut que quelqu’un aille reconnaître le corps sur place et le rapatrier en France. Sakina, la mère, est impotente. Loubna à Montréal. Sylvia internée. Erik se débrouille avec un collègue pour se faire remplacer à la clinique et se rend en Thaïlande où il est reçu par le consul qui l’aidera pour les démarches administratives. Ryan a été tué de deux balles dans le cœur. Deux suspects ont rapidement été arrêtés.

Pour occuper sa soirée, Erik se promène dans les rues de Phuket. Il rencontre des proches de Ryan qui sont unanimes : les deux suspects sont des amis de Ryan et n’avaient aucune raison de lui vouloir du mal. C’est juste une réaction immédiate de la police thaïlandaise pour prouver son efficacité. Quand le corps sera parti, l’histoire un peu oubliée, ils seront discrètement libérés.

Ce qui étonne Erik, c’est de reconnaître, dans des cafés où la bouteille de vodka atteint les cinq cents euros, des visages qui lui étaient familiers à Courvilliers et notamment Gérard Topolino, adjoint au maire. Que font-ils à Phuket à claquer des fortunes comme s’il s’agissait de billets de Monopoly ?

Erik va fouiller encore un peu en Thaïlande, dans la maison et le passé de Ryan, mais c’est surtout en France, après le rapatriement du corps et la cérémonie des obsèques qu’il va découvrir des éléments surprenants reliant le meurtre de Ryan en Thaïlande au fonctionnement de la mairie de Courvilliers. L’arme qui a tué Ryan a aussi été utilisée dans un règlement de comptes à Courvilliers où Stéphanie Maumelat, maîtresse du maire et responsable de l’urbanisme de la ville a été blessée. « La ville a obtenu l’implantation de deux gares du Grand Paris et se situe dans le premier cercle d’équipement des Jeux Olympiques de 2024. […] Les terrains pollués de l’ancienne chimie, de l’ancienne sidérurgie, des vieilles raffineries et des cokeries hors d’âge vont bientôt valoir de l’or. Ça excite les convoitises. »

Qu’est-ce que le petit Ryan, passionné de voile et de plongée sous-marine, peut bien avoir à faire avec ces histoires de trafics et ces pratiques maffieuses ?

C’est ce qu’Erik va découvrir peu à peu dans ce roman plein de rebondissements où Didier Daeninckx met en lumière la dérive de banlieues où il faisait bon vivre et dont certains quartiers sont devenus des zones de non-droit, des « territoires oubliés de la République » où la peur et la violence l’emportent sur le bien-être. Un bon roman noir, un polar bien construit, certes, mais aussi un texte politique intelligent et salutaire.

Serge Cabrol 
(07/08/18)    



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Gallimard

(Mai 2018)
206 pages - 18 €








Didier Daeninckx,
né à Paris en 1949,
est l'auteur de très nombreux livres pour la jeunesse et pour les adultes. Il a obtenu le Prix Medicis en 1999 pour
Mon grand appartement.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia





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