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Daniel de ROULET


Dix petites anarchistes


« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » 

Parce que la Commune qu’elles n’ont vue que de loin a illuminé leurs vies ; parce qu’elles sont toutes un peu amoureuses de Malatesta, alias Benjamin,  le jeune italien anarchiste  venu rejoindre  Bakounine  en exil dans leur village suisse où des révolutionnaires de toute l’Europe se sont donné rendez-vous en 1872 et font  vibrer le café de la place de Saint-Imier de mots à jamais gravés dans leurs cœurs : l’ennemi du genre humain c’est le capitalisme, et qu’il faut se méfier de l’autorité; parce qu’elles ont toutes de bonnes raisons pour partir ; Valentine Grimm, sa sœur Blandine, et six autres jeunes femmes du même village, décident de suivre les traces de leurs  amies, Juliette et Colette, émigrées aux Amériques et dont on vient d’apprendre la mort. Vont faire partie de l’expédition : Mathilde, la belle boulangère, fille du docteur Basswitz dont le renvoi par les autorités avait déjà, 20 ans plus tôt, provoqué l’insurrection des villageois ;  Emilie, modiste, mère du petit Max, enceinte, battue par son amant et quatre autres ouvrières dans les petits métiers de l’horlogerie, comme les sœurs Grimm ; Jeanne, venue du Québec et jeune veuve d’un cheminot, mère de trois garçons que son unique paie misérable ne peut plus nourrir ;  Lison, autre veuve, mère de quatre filles ; Adèle aux beaux cheveux roux qui assume crânement sa condition de fille-mère et d’amante libre ;  Germaine dont l’amoureux a dû en épouser une autre plus fortunée qu’elle !

Ce ne sont pas les onze heures abrutissantes de travail journalier, la misère, le fait d’être des proies pour les contremaîtres et les autres hommes du village qui vont les retenir. Elles choisissent d’émigrer en Patagonie et s’embarquent sur un navire où sont déportés des communards dont Louise Michel. Elles partent pleines d’espoir et d’utopies libertaires, avec les œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, presque neuf enfants, et huit oignons,  des montres de poche comme celles qu’ont emportées avant elles, Juliette et Colette. Aussi ont-elles gravé ces petites montres de 3 à 10 et des mêmes lettres secrètes qui les désignent toutes les dix.

C’est le début d’un terrible périple rapporté par Valentine, qui, vu le nom qu’elle porte, ne pouvait être que la narratrice de cette odyssée… trompeuse. Trompeuse, car,  tellement basée sur  des faits réels qu’on pense, tout au long de notre lecture, retrouver la biographie de chacune de ces femmes formidables à la fin de l’ouvrage ! Mais  hélas, cette épopée est à l’image de l’utopie qui la soutient : un beau rêve ! Si Daniel de Roulet est bien parti de faits réels, l’histoire de ces jeunes femmes est une fiction où telles les 10 petits nègres de la chanson, elles vont mourir ou quitter le groupe, les unes après les autres, sur le chemin qui va les mener de la Suisse à la Patagonie, de l’île de Robinson Crusoë à Buenos Aires, sans jamais renoncer à leur idéal !  Mais qu’importe si Valentine et les autres sont inventées, elles sont les sœurs de tant de pionnières qui comme elles, sur le chemin de l’émancipation  du « genre humain »,  se réjouissent  « de l’imprévu sans perdre la force de s’insurger ».

Sylvie Lansade 
(19/12/18)    



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Lectures








Buchet-Chastel

(Octobre 2018)
144 pages - 14 €








Daniel de Roulet,
né à Genève en 1944,
a déjà publié une
trentaine de livres.



Bio-bibliographie
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www.daniel-deroulet.ch