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Arnaud DUDEK


Tant bien que mal

Certains silences sont des libellules enfermées dans des sous-sols immenses

Un petit livre, 90 pages «  au couteau »,  pour dire  la sidération du viol,  puis, avec le temps, la  lente et fragile résurrection d’un enfant qui grandit avec  « le monstre qui hurle à l’intérieur. »

Le narrateur nous raconte qu’il est « mort » à l’âge de sept ans. Violé, il a vécu les vingt-trois autres années de sa vie  comme rapté à lui-même, enfermé dans le silence de l’indicible, au fond d’un trou peuplé de cauchemars et d’idées noires qu’il essaie de combattre par « une myriade de troubles obsessionnels » pour échapper à « l’homme à la boucle d’oreille. »  L’écriture  acérée,  dégraissée de tout pathos et de toute complaisance,  devient comme un long poème qui  enferme le lecteur  dans le corps et la tête de ce petit garçon qui regarde défiler sa vie et  les bonheurs qu’elle contient quand même, comme prisonnier au fond d’un bocal mais encore vivant ! Le lecteur aussi est en apnée.

C’est horrible à dire mais c’est très beau.  La fragile flamme de vie qui subsiste encore chez cet enfant, on la voit, dans ce récit d’une émouvante retenue, préservée au cours des années par la grande tendresse des parents,  ravivée petit à petit, par l’amitié, les études, l’enseignement, l’écriture,  l’amour, la naissance d’un enfant… Le tout   évoqué  par des anecdotes, des détails prosaïques comme le choix d’un siège de voiture pour bébé.

Quand le narrateur rencontre, par hasard, son violeur, il s’extirpe encore un peu plus de son enfermement grâce à l’écriture du livre qu’on est en train de lire et va continuer à essayer de se porter  et se porter bien.

 Je sors du magasin. J’attends le bus. A côté de moi, un enfant d’une dizaine d’années explique à sa mère que les fourmis tisserandes peuvent porter jusqu’à cent fois leur masse. Cent fois, fichtre ! Accidents de voiture, chats perdus, et puis tout, tout le reste : pour nous les humains, c’est déjà une prouesse de nous porter tout seuls,  et de nous porter bien.

Sylvie Lansade 
(04/05/18)    



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Alma éditeur

(Avril 2018)
96 pages - 14









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