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Gilles PARIS

La lumière est à moi



Après cinq romans, Gille Paris nous offre ici un recueil de dix-neuf nouvelles où nous retrouvons avec plaisir son écriture, claire et sensible, et les thèmes qui irriguent son œuvre depuis le début, l’enfance (parfois maltraitée), la mort ou l’absence des parents, les bords de mer, la quête d’amour et d’identité… sans oublier une touche de fantastique aux airs de réalisme magique sud-américain quand les fantômes viennent cohabiter quelque temps avec les vivants.

Toutes les nouvelles sont écrites à la première personne et les narrateurs sont majoritairement des enfants ou des adolescents, filles ou garçons, aux prises avec une réalité qui les dépasse, des choix difficiles, des épreuves à surmonter pour devenir libres quelle que soit la forme que puisse prendre cette libération, y compris la mort.

Ils vivent dans des lieux très différents, parfois dans de petits villages, sur des collines, au bord de la mer ou sur une île, en Sicile, à Stromboli ou dans l’océan Indien, en Uruguay, aux États-Unis ou dans le sud de la France. On passe sans cesse d’un univers à un autre et l’auteur nous décrit parfois les lieux et les paysages avec une langue très imagée et poétique.

Les deux premiers textes forment un diptyque autour de trois personnages, une fille amoureuse de deux garçons. La première nouvelle est écrite du point de vue de Brune, la fille ; la seconde donne la parole à Anton l’un des deux garçons. Très belle entrée dans le recueil, intitulée Les pins parasols, on retrouve tout de suite l’univers de l’auteur, tant par les personnages que les situations ou les paysages. Pendant les étés de leur enfance, Brune alterne les moments avec l’un ou l’autre des garçons. « Anton passait du temps dans les arbres car il venait de perdre sa mère. Il s'éveillait à la nature, à l'odeur du pin, à la résine qui lui rappelait le parfum tenace maternel. Les aiguilles rassemblées par paires se trouvaient enserrées dans une seule et même gaine. C'est ainsi qu'il se rapprochait d'elle, appuyé contre l'écorce craquelée, d'un brun rougeâtre. C'était un être à la sensibilité extrême qui retenait tout, pareil à une digue sur le point de céder. Son isolement était sa force. Il y puisait ce calme apparent qui m'attirait autant que ces lumières mordorées de fin de journée. Son père, incapable de la moindre émotion, ne lui parlait qu'en élevant la voix. Anton n'était pas du genre à se taire. Leurs conversations faisaient se retourner les têtes. J'aimais qu'il s'oppose à ce père absent. Je l'admirais même pour cela. L'autorité n'a jamais été mon fort. J'ai toujours préféré disparaître. »
Ben, plus mystérieux, subit en silence les coups de ceinture de son père. Brune épousera l’un sans cesser d’aimer l’autre…

Ensuite, de nouvelle en nouvelle, nous continuons notre voyage sur cette étrange carte du Tendre, parmi une multitude d’émotions et de sentiments, d’histoires d’amour et de ruptures, d’amitié et de séparations, de jalousie et de folie, de tendresse et de violence.

Les enfants ne sont pas toujours aussi angéliques et innocents qu’on le prétend parfois. Pour combler un manque d’amour ou par vengeance, ils peuvent aussi mentir, accuser des pires horreurs et même assassiner.

Parfois, l’auteur nous induit en erreur, nous présente un rêve pour la réalité, un fantôme pour un personnage réel, et le personnage se moque de notre naïveté. « Je sais bien que je vous ai menti depuis le début. Je vous ai dit pourtant que l'imagination était tout pour moi, et vous êtes passés à la phrase suivante. Le pot de glace coco-citron, les fantômes assis sur la poutre où je vais me suspendre, et maman qui monte tous les soirs dans une voiture différente en confondant les prénoms des conducteurs. Angus aurait dit "extravagant !", applaudi de ses deux mains immenses et fait danser la poussière. Mais vous m'avez crue n'est-ce pas ? Vous m'avez plainte également ? »

L’ensemble des textes forme un tout cohérent, un kaléidoscope de personnages attachants, une large palette de sentiments où domine toutefois la tendresse, notamment celle de l’auteur pour ses narrateurs. On vit quelque temps avec chacun puis on en rencontre un autre qu’on accompagne à son tour dans son quotidien, dont on partage les réflexions et les émotions. Un très beau recueil qui confirme le talent de l’auteur et s’inscrit à part entière, comme les romans précédents, dans la construction d’une œuvre originale et salutaire. Gilles Paris construit un monde pour que le lecteur se sente moins seul. On ne peut que l’en remercier et l’inciter à poursuivre…

Serge Cabrol 
(22/10/18)    



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Lectures




Gallimard

Collection Haute enfance
(Octobre 2018)
208 pages - 19 €




Gilles Paris,
né en 1955, travaille dans le monde de l'édition.


Visiter le site de l’auteur :
www.gillesparis.net




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