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Guillaume GUÉRAUD


Les héroïnes de cinéma
sont plus courageuses que moi



Sous ce titre en hommage aux femmes, Guillaume Guéraud nous offre vingt et un récits sur le 7e Art à partir de films qui s’échelonnent de la création du cinématographe par les frères Lumière en 1895 à nos jours.  En quatre pages à peine ou en vingt-sept, l’écrivain, entremêlant critique de cinéma (son premier métier), documentation, souvenirs personnels et engagement militant, réécrit de façon fantaisiste mais non anodine l’histoire de la place occultée et pourtant jouée par la femme,  héroïnes ou actrices souvent méconnues, dans le cinéma. Celui d’Hollywood bien sûr qui se taille la part du lion avec une dizaine de références mais aussi celui de France, de Suède, d’Italie, d’Allemagne, d’URSS et d’Asie avec la Chine, le Japon, la Corée et Hong-Kong.  Mais à la technique et l’histoire du cinéma lui-même il n’est fait référence que brièvement. Bien loin du dictionnaire de cinéphilie, derrière les films cités ce sont ces figures de femmes fortes, insoumises et lumineuses, qui sortent de l’ombre pour occuper tout l’espace. Et pour mieux les éclairer, c’est à travers l’Histoire, la sociologie et la politique que Guillaume Guéraud, comme à son habitude, construit son éloge, en toute subjectivité assumée. 

Ce recueil de portraits sensibles et militants, entre littérature et documentaire, pointe de façon vive et originale le courage de femmes en dissonance avec les représentations faites de leur sexe à leur époque. Elles sont ouvrières, domestiques, bourgeoises, aventurières, faiseuses d’anges, artistes, princesses ou révolutionnaires, revendiquent la place qui leur est due et luttent avec obstination pour défendre leurs idéaux.
Et à travers elles, avec cette liste intime d’héroïnes injustement inconnues qu’il choisit de saisir dans le champ de son projecteur, dans sa faculté à créer à partir de quelques éléments insignifiants des êtres magnifiques, à transformer des êtres de l’ombre en icônes féministes, c’est à toutes les femmes d’hier et aujourd’hui que l’écrivain rend justice. 

Pour certains des films référencés les souvenirs de l’auteur qui s’incrustent plus personnellement dans l’écran (La sortie de l’Usine lumière à Lyon ; Pearl Chavez : la branlette est un plaisir solitaire ; Hsiao-tsing : les fantômes offrent des baisers tenaces ; San alias Princesse Mononoké : les sorcières et les filles sauvages ont toujours effrayé Disney) confortent le caractère de "sale gosse provocateur" qui colle depuis longtemps à la peau de Guillaume Guéraud  mais révèlent aussi avec pudeur cet aspect tendre que d’autres avaient déjà deviné entre les lignes de ses romans. Ces incursions créant une complicité auteur-lecteur sont un élément majeur dans l’équilibre savamment élaboré du livre entre documentation cinéphilique, regard socio-politique et émotion.

Chacun pourra comme moi être plus sensible à l’une ou l’autre de ces tranches de cinéma cuisinées à la sauce militante, pour son personnage ou l’écho que ce même film réveille en lui. Pour ma part mon quarté est composé de :
San alias Princesse Mononoké pour le personnage ludique et fascinant de la grand-mère sorcière et son scénario invraisemblable d’une drôlerie irrésistible ;
Norma Rae : l’union tisse des liens plus solides que le coton car cette adaptation d’une histoire vraie m’a également laissé un souvenir et une émotion tenace lors de sa projection ;
Marie Latour : le fruit de vos entrailles est pourri tant pour le film de Chabrol évoqué (Une affaire de femmes) que pour le regard de l’écrivain sur ce sujet de l’avortement deux fois abordé dans le recueil ; 
et je garde le meilleur pour la fin avec Rosauras Revueltas : Les tâches de rousseurs sont des grenades à fragmentation non pour le film de Biberman (Le sel de la terre) que je n’ai jamais vu, ni pour son titre savoureux, mais pour l’évocation de cette actrice mexicaine combattante qui m’a fascinée durant les vingt-huit pages avec une description au scalpel du mécanisme de la censure sous McCarthy dont je connaissais l’existence mais non les moyens mis en œuvre.

On savait déjà que, privé de télévision durant l’enfance, Guillaume Guéraud était depuis lors un grand amateur de cinéma. Dans Sans la télé (2010) il évoquait déjà les films qui avaient marqué son enfance et son adolescence. Mais le choix d’avoir, dans Les héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi, fait de cette passion et de ses connaissances sur le sujet un livre sous le seul aspect de l’émancipation féminine est un challenge original qui lui a permis d’insérer naturellement ce parti pris militant et cet espace de liberté consubstantiel à l’écriture de chacun de ses livres.

Les féministes et les cinéphiles qui se précipiteront sur cette histoire atypique, vivante et vibrante du cinéma ne seront pas déçus. Les simples curieux ou les fidèles de Guillaume Guéraud n’appartenant pas à ces catégories non plus. Seuls les incurables machos, amateurs ou non de cinéma, pourraient être quelque peu agacés par cette relecture cinématographique toute personnelle. Tant pis pour eux.  

Dominique Baillon-Lalande 
(16/05/18)    



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Lectures










Le Rouergue

Collection La Brune
(Février 2018)
192 pages - 18,80











Guillaume Guéraud,
né à Bordeaux en 1972,
est l'auteur d'une quarantaine de livres, surtout pour la jeunesse.



Bio-bibliographie sur
Wikipédia







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