Retour à l'accueil du site






Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE

Une verrière sous le ciel

Ana, une jeune fille tchécoslovaque, vient en colonie en France l’été 1988, reçue par des communistes français. Nous faisons sa connaissance le jour de son retour pour Prague. Gare de l’Est, Ana refuse de monter dans le train pour repartir malgré l’insistance de tous les accompagnateurs complètement désarmés. Elle vient d’avoir dix-huit ans, elle est majeure et peut donc décider elle-même. Elle reste ainsi sur le quai français où elle était seulement revenue pour récupérer son passeport que les organisateurs avaient conservé à son arrivée.

Nous la suivons lors de ses premiers pas dans Paris jusqu’au cimetière du Père Lachaise où elle rencontre Grofka, originaire elle aussi de Tchécoslovaquie, qui vient vers elle et la prend en charge : « Tu veux connaître un secret ? Mon secret ? Le voici. De loin, à la mimique des visages, aux muscles qui bougent, au corps tenu ou pas, je devine tout, dans quelle langue les gens parlent, ce qu'ils disent et aussi ce qu'ils pensent. Tu as déjà remarqué que ce n'est pas la même chose, n'est-ce pas ? Les visages sont traîtres quand on sait bien regarder, on en voit des choses. Avant je les décelais, ces désaccords inconscients, dans les accents et les petites dissonances. Mais il a fallu que ça soit mes oreilles qui me lâchent en premier. Alors je lis sur les lèvres, je lis sur les visages, je vois dans les yeux, c'est amusant, maintenant, à mon âge, tout cela devient amusant. De toute façon je n'éprouve plus le besoin d'entendre. Je sais, je sais, je sais, tu vas me dire que je parle trop, quelle nouvelle ! »

Le mur de Berlin n’est pas encore tombé et le communisme est très présent dans le pays d’origine de ces deux femmes dont les destins se croisent. Est-ce seulement du hasard ? Nous le découvrirons au fil du roman qui évoque avec force la détermination de ces femmes pour vivre autrement, coupées de leurs familles, sans point d’attache mais décidées à vivre libres.

Des liens vont se créer avec différents personnages. Ana deviendra le modèle d’Albert, sculpteur et peintre, et de superbes passages sur la peinture et la création artistique jalonnent le roman : « Il installe un papier vierge sur le chevalet, se saisit d'un nouveau fusain. L'inspiration, l'aspiration, les grands gestes, larges, ronds, la ponctuation, les silences, les reprises, le crissement du fusain sur le papier. Symphonie en noir de tilleul. Lui, le chef d'orchestre. Moi, son instrument et son public. Ma peau frémit. »

Anna et Grofka se voulaient libres, le rapport au passé intervient dans leur vie et rien n’est jamais simple quand l’on se situe entre deux mondes.

C’est un très beau roman avec une écriture juste qui pose des questionnements philosophiques tout à fait passionnants.

Brigitte Aubonnet 
(13/02/18)    



Retour
Sommaire
Lectures








Alma

(Février 2018)
260 pages - 18,50







Lenka Horňáková-Civade,
née en 1971 dans l’actuelle République tchèque, peintre et écrivaine, vit dans le Vaucluse. Giboulées de soleil (2016) a obtenu le prix Renaudot des lycéens.
Une verrière sous le ciel
est son second roman.