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Raphaël JERUSALMY

La rose de Saragosse

Nous sommes au mois de septembre 1485. Le père Arbuès, grand inquisiteur de Saragosse et du Royaume d'Aragon est assassiné. Ce crime est pour Torquemada – grand Inquisiteur d'Espagne – un signe de rébellion des Aragonais. Il va alors déployer tous les moyens, toutes les ruses, toutes les preuves – vraies ou supposées –  pour trouver et supplicier les ennemis de l'Eglise. C'est dans ce contexte historique et sur une période courte (de septembre à novembre 1485) que l'auteur va ciseler une série de tableaux dans lesquels vont apparaître les ombres, les lumières, les contours, les silhouettes des protagonistes du roman. D'emblée, Raphaël Jerusalmy a pris le parti du graveur contre celui du peintre :
« Le graveur ne passe ni par les mots, ni par les couleurs, qui ne sont pour lui que fioritures. Il laisse son empreinte sur l'esprit d'une manière plus subreptice. Mais aussi plus directe. Le sillon qu'il creuse dans la planche lui fraye un chemin sans détour vers l'œil, qui est la porte de l'âme... »

Ce parti pris du graveur, l'auteur le restitue admirablement dans un style épuré, sans fioritures à tel point que chaque scène du récit, chaque personnage ne peut se soustraire à la représentation d'une 'gravure' mentale du lecteur. Par exemple, Angel de la Cruz qui est un familier, c'est à dire un indic de l'inquisition chargé d'infiltrer les conversos (les juifs convertis) est par ailleurs un artiste, mais aussi un rustre capable de se vendre au plus offrant, mais encore capable d'éviter le pire pour Léa. De ce personnage nous ne voyons que les contours dans un tableau et pourtant nous percevons toutes les facettes de l'individu, toutes ses ambiguïtés. Il en est de même de la jeune Léa (fille d'un riche seigneur converti), nous n'en voyons que sa silhouette et ses yeux  dans une gravure ; ce sont les blancs du tableau qui nous révèlent son âme et ses secrets : « Car la gravure est l'art des rebelles. Elle détourne encre et papier de l'usage que leur ont assigné les scribes... »

N'en déplaise au graveur, La rose de Saragosse ne peut pas ne pas évoquer le peintre du Message Biblique. La présence récurrente de ce cheval blanc qui apparaît sur les bords de l'Ebre, cette envolée de Léa et de son compagnon fuyant le bûcher sur un cheval blanc, c'est le cheval blanc de Chagall chevauchant le ciel.

Un très beau livre où le style est travaillé avec la précision des outils d'un graveur et l'érudition d'un historien.

Yves Dutier 
(18/01/18)    



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Actes Sud

(Janvier 2018)
192 pages - 16,50







Raphaël Jerusalmy


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