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Nathalie LÉGER

La robe blanche


Lorsqu’on referme certains livres, on voudrait qu’ils se prolongent. On relit le titre, on effleure une page, on reprend un mot, on voudrait tous les reparcourir, que le livre dure encore. La robe blanche est de ces livres. Ou de ces œuvres.

Car Nathalie Léger n’est pas auteure à se satisfaire d’un livre, d’un récit, d’un roman, d’une fiction ou d’une autobiographie. Nathalie Léger fait œuvre d’art en travaillant la composition, en maniant le puzzle, en jouant avec ou sur le tracé des routes. Deux se croisent ici : celle d’une mère demandant à sa fille de réparer l’injustice d’une vie conjugale ratée et celles des plasticiennes, nombreuses, allant de performance en performance livrer leur féminité à l’œil critique du monde. Toutes s’offrent à leur manière. Se sacrifient même, comme si le sacrifice était le fondement des maux féminins. En cela, toutes dénoncent et accusent.

La robe blanche, bien sûr, est la robe de mariée. La femme l’enfile le jour de ses noces puis tout s’enchaîne, le meilleur ou le pire. Pour la mère de l’auteure, ce fut le pire et elle veut un livre pour le dire, que sa fille l’écrive noir sur blanc pour que le blanc, peut-être, reprenne sa couleur, sorte de la grisaille du couple qui n’est plus. Pour Pippa Bacca, l’artiste italienne sur laquelle l’auteure veut écrire, la robe de mariée était un défi, l’idée de faire régner la paix au lieu de la guerre par la seule présence de cette robe.

En habit de mariée, Pippa Bacca part alors sur les chemins, faisant du stop là où d’autres tuent. Un acte aussi absurde que merveilleux, aussi bouleversant que ceux d’autres artistes. Marina Abramović, par exemple, qui se met elle aussi en robe de mariée puis s’installe sur un monticule d’os d’animaux que, durant quatre jours, elle va essuyer du pan de sa robe. Dénoncer la guerre, les furies, le mal par la robe blanche, ainsi font ces artistes et Nathalie Léger les nomme une à une, nous dit où leur art les a conduites.

La mort. C’est la mort, souvent symbolique, que ces robes blanches suscitent. Pour Pippa Bacca, la mort fut réelle. On aurait aimé croire le contraire, penser que l’immaculée robe aurait engendré l’amour ou, à défaut, des sourires. Mais c’est le pire qui attend les robes blanches au tournant.

La robe blanche est un art en soi, est la femme en soi. Nathalie Léger l’écrit avec une intelligence rare : fine et sensible, investie mais à distance. Le lecteur y trouve amplement sa place. Entre au cœur du féminin. De ses lumières obscures.

Isabelle Rossignol 
(01/10/18)    



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P.O.L.

(Août 2018)
144 pages - 16







Nathalie Léger

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