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Agnès MICHAUX

Roman Noir


« C’est un beau roman, c’est une belle histoire... » Oui, certainement, mais dans ce Roman noir et sous cette couverture jaune et noir (tiens, tiens, cela me rappelle quelque chose !!), il y a une écriture. L’écriture d’Agnès Michaux. Cette écriture qui fait comme si elle jouait à se chercher et à se trouver, qui joue avec les mots et leurs sens, mais pas seulement. Elle cherche aussi l’image, ou l’idée qui dira l’originalité de la langue, pour raconter une histoire, peu banale au demeurant, mais qui n’aurait pas eu cette « tenue » ou ce « charme indiscret » si la narration avait été plus classique ! Et pourtant, quoi de plus classique, à l’heure du polar contemporain, que d’inviter le lecteur, à travers suspense et tribulations de personnages, à la réflexion sur l’actualité, ses vicissitudes et autres malhonnêtetés récurrentes ! Ici, le roman se situe dans un « futur anticipé ». « Dans ce monde tout juste relevé de ses cendres, où la complexité technologique coexistait avec un art obligé de la récupération et de la débrouille, dans ce monde hybride et régressif, les idéaux de justice et de fraternité semblaient s’être définitivement perdus sans que l’on s’en soucie. Les privilèges étaient toujours, de plus en plus, au cœur de cette société du petit progrès et de la grande disparition. »

Alors est-ce que la couleur de ce roman est bien celle annoncée ? L’histoire semble plutôt rocambolesque au départ : Alice Weiss, jeune auteure, un peu en panne d’inspiration depuis le succès de son premier roman, vient passer des vacances sur la presqu’île de Pondara, lieu qu’elle connaît pour y avoir séjourné autrefois, en espérant retrouver sa créativité. À l’aéroport, son voisin de siège, le 26D, comme elle l’appelle, se montre un peu trop empressé à son goût et, pressée de s’en débarrasser, elle l’écoute rapidement lui vanter le succès et les livres de Celia Black, la célèbre romancière (qui justement vit dans la presqu’île !) avant de prendre le taxi venu chercher… Celia Black ! Surprise, et à peine hésitante, elle se laisse conduire à la magnifique villa de l’écrivaine, où un couple de domestiques l’accueille chaleureusement, en l’appelant Madame Black ! Intriguée, fatiguée, elle se laisse faire, s’installe…

« Près de dix jours s’étaient écoulés. Alice avait installé son étrange audace dans les contours d’un emploi du temps sans originalité, prenant un évident plaisir à ce déguisement qui lui valait de l’attention et des facilités. » Elle sort, rencontre un groupe de personnes, joue son personnage a minima et se prend, apparemment, au jeu des soirées mondaines.

Lorsque le cadavre d’une femme est retrouvé sur la jetée, l’Intervenant-chef Fritz Kobus, chargé de l’enquête, découvre que la femme ainsi ramenée par la mer, a dû y séjourner quelque temps. De qui s’agit-il ? Les interrogations arrivent, s’insinuent. Fritz Kobus a des doutes sur l’identité réelle de « Celia Black » alias Alice, qu’il a rencontrée quelquefois, mais semblerait plutôt enclin à se laisser charmer…

L’été avance, les protagonistes vivent leurs histoires, les caractères des personnages se précisent, et si nous continuons à nous demander où ce mystère peut bien nous mener, et nous interroger quant à la raison de ce changement d’identité involontaire, c’est que notre curiosité est éveillée ainsi que l’envie d’accompagner l’écrivaine. Parce qu’elle écrit, Alice, elle écrit !

« Ce soir, les phalènes crépiteront contre l’éclairage, mourront d’aimer la lumière plus que l’ombre. Moi, demain matin, j’aurai peur du jour, peur du jet d’encre noire des ifs de la propriété. Peur du blanc qui fait disparaître. Peur du gris, ce trouble du noir et du blanc qui ne rend pas justice à la vie. »

Alors « roman noir » sans doute, puisque « la mer à présent, joue les plafonds hydrauliques. Elle descend, elle écrase. Le cœur a cessé d’y croire. Le disque ne tourne plus, la musique s’est tue. […] Le sang, dilué, va voir ailleurs. L’œil turgesce, se poissonnise. La vie n’a pas défilé. La vérité ne pourra pas être dite », mais roman où le lecteur se régale de cette drôle d’histoire.

L’écriture d’Agnès Michaux nous tient en haleine tout au long de son roman, car si elle peut avec force détails nous montrer une certaine réalité, elle se plaît aussi à nous faire découvrir, de sa manière bien à elle, la fiction qui s’en mêle, comme la réflexion qui s’infiltre ou s’affirme !
Une très intéressante découverte !

Anne-Marie Boisson 
(24/07/18)    



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JoŽlle Losfeld

(Avril 2018)
240 pages - 18,50 Ä












Agnès Michaux,

journaliste (Canal +, France Inter…), romancière, essayiste et traductrice, a déjà publié une vingtaine de livres.

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