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Isabelle B. NAUTRE


Le Creux des Anges


En janvier 1946, sur une presqu’île de la côte atlantique, un douanier est assassiné. Deux suspects sont très vite arrêtés. Sont-ils vraiment coupables ? Pourquoi une enquête aussi bâclée ? Isabelle B. Nautre décrit à merveille l’atmosphère et les relations entre les habitants de ce lieu proche du huis clos. Quarante ans plus tard, une enquête plus approfondie apporte de nouveaux éclairages sur cette sombre histoire…

Le roman est construit en quatre parties.
La première présente les évènements survenus en janvier 1946.
Dès que les gendarmes ont appris que Jean, le douanier, avait disparu, ils sont allés voir Maître Méraud, le notaire qui est aussi maire du village, et les recherches ont commencé. Le vieil Anselme, qui habite une maison à la sortie du village, révèle tout de suite des éléments importants. « Il a raconté que deux hommes étaient passés. Ils en avaient rencontré un troisième, sur le chemin. Il y avait eu une dispute très forte. Il a même répété des mots qu’il avait entendus : "On te crèvera, tu verras, on te crèvera". Après, a-t-il dit, ça s’était calmé et il n’avait rien remarqué d’autre. Il a montré l’endroit aux gendarmes. Sur le terre-plein, à la lueur des lampes, on a trouvé un couteau comme en ont les marins. Anselme a dit que Lazare, qui était passé dans l’après-midi, en avait un comme çà. Il restait dessus des traces qui pouvaient bien être des traînées de sang. Anselme s’est souvenu que l’un des deux hommes avait un accent, un peu comme celui de Servane, l’Autrichien qui s’était réfugié au Creux pendant la guerre. Les gendarmes ont décidé d’aller trouver les deux hommes pour les interroger. Mais c’était déjà fini, personne déjà n’avait plus aucun doute, ni sur la mort de Jean, ni sur les coupables. »
Quand le corps de Jean, qui avait été jeté à la mer, a été retrouvé, une blessure correspondait bien à un coup de couteau. L’enquête était close.

De nombreuses personnes du village sont concernées, plus ou moins directement, par cette affaire. À commencer par Jeanne, Emma et Josepha.
Jeanne, l’épouse du douanier assassiné, se retrouve veuve avec deux petites filles à charge.
Emma, la fille de Servane, l’un des deux hommes arrêtés, reste seule à quinze ans. Servane, sa femme Sarah, sa sœur Annah et Emma ont fui le nazisme en 1943 jusqu’à cette presqu’île pour essayer de partir en Angleterre, puis en Amérique, mais ils ont été dénoncés. Quand les soldats sont venus, Emma a réussi à se cacher, les trois autres ont été déportés. Seul Servane est revenu, exsangue et perdu dans ses pensées. Et le voilà à nouveau en prison.
Josepha, la femme de Lazare, l’autre suspect, ne comprend pas ce qui arrive. Jean était douanier et Lazare contrebandier, certes, mais ils étaient amis et avaient appartenu au même réseau de Résistance pendant la guerre. Pourquoi Lazare aurait-il tué Jean ?
D’autres personnages apparaîtront encore pour compléter la fresque.

La deuxième partie se déroule en 1988. La narratrice, qui termine ses études de journalisme, entend à la radio une femme, Emma Berger, qui cherche à réhabiliter son père condamné pour un meurtre qu’il n’aurait pas commis. Cette histoire fait remonter en elle des souvenirs d’enfance. « Lorsque j’étais petite fille, mon père, lorsqu’il racontait le roman familial, évoquait souvent l’histoire de Jeanne, une parente éloignée, dont le mari avait été assassiné. […] Je n’ai passé que peu de temps avec mon père et seulement jusqu’à 12 ans. Ensuite il se remaria, déménagea et je le vis encore moins. » Mais elle se souvient des vacances passées sur la presqu’île où elle jouait avec sa cousine Marianne, la petite-fille de Jeanne. Devant choisir un sujet de dossier dans le cadre de ses études, cette histoire tombe à pic. L’arrestation des deux hommes, l’enquête, les interrogatoires, le procès, les condamnations, elle va tout reprendre et interroger les protagonistes encore vivants : témoins, gendarmes, avocats…

La troisième partie est composée de « pièces apocryphes à verser au dossier ». Il s’agit de textes écrits par Madeleine, la femme du notaire, Pierre, le frère de la comtesse de Malepierre, Josepha, la femme de l’un des condamnés, et Lazare son mari. Tous ces écrits nous éclairent sur le rôle de chacun dans cette histoire.

Dans la dernière partie, « Ce qu’on saura et jamais rien de plus », l’apprentie-journaliste reprend la parole pour un épilogue qui lève les dernières voiles sur cette ténébreuse affaire.

Ce roman, à la fois historique et policier, montre avec beaucoup d’humanité l’existence difficile des villageois de la presqu’île et le fossé qui existait entre eux et les notables locaux, notaire ou habitants du château. Les traces du positionnement de chacun pendant la guerre (résistant, collabo, délateur...) sont encore très fraîches en 1946. La pluralité des points de vue et les interventions de la jeune journaliste rendent le récit vivant et émouvant. Un livre qu’on découvre avec beaucoup d'intérêt, un auteur à suivre…

Serge Cabrol 
(03/03/18)    



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Noir & polar








Edilivre

144 pages - 13,50


















Isabelle B. Nautre
est romancière,
nouvelliste et
critique littéraire.





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