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Jean-Bernard POUY


Ma ZAD


Le grand public a découvert le terme de ZAD ("zone d'aménagement différé" devenue "zone à défendre") avec l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou le barrage de Sivens, de grands projets obligeant à des expropriations d’agriculteurs et à la destruction d’espaces naturels. Celle dont il est question ici se situe dans le Nord et envisage une vaste plate-forme "multimodale" : « Trente kilomètres carrés de béton, au bord du canal, où aboutiraient voies ferrées et autoroutes, pour "dispatcher", c'était le terme officiel, la masse incommensurable de conteneurs venant du port de Dunkerque et arrivés jusque-là en péniches XXL. Cela voulait dire qu'il y aurait, juste après, l'implantation d'usines de toutes sortes aux environs du site… »

Mais le sujet du roman est moins la lutte des zadistes que les motivations de Camille Destroit pour les rejoindre. Pourquoi s’embarque-t-il dans ce combat ? Que va-t-il faire dans cette galère ?

Il a quarante-quatre ans, une maison dont il a hérité à la mort de ses parents, un travail fixe dans un hypermarché… Mais il vit seul depuis le départ de Pauline et s’ennuie ferme. Aider les zadistes s’est vite imposé à lui. « Au début, ces rêveurs, je les regardais un peu comme des clowns. Effrayants d'abord, sympathiques ensuite. Il n'y avait pas beaucoup, dans la région, d'occasions de rigoler, du moins de sourire, ça avait occupé mes moments creux. Et petit à petit, si l'on peut dire, j'étais tombé dedans. J'étais devenu un zadiste périphérique. Sans trop y croire. Je n'avais jamais pensé être dans une avant-garde combattante, une armée secrète qui, un jour, aurait le pouvoir, non, j'avais trouvé un moyen de moins m'emmerder, tout simplement. »

Responsable du rayon produits frais de l’Ecobioplus, il est habitué à travailler avec les producteurs, « avec toutes les épiceries solidaires de la région, et tous ces petits agriculteurs, poussant comme des champignons à l'automne, qui cultivaient naturel, bio, perso, les reins en compote, en désamour avec les pesticides et les engrais chimiques. » Camille peut donc facilement récupérer des invendus pour nourrir les zadistes et leur fournir des camions de palettes pour construire des cabanes ou des barricades.

Mais l’entreprise de BTP Valter & Frères accepte mal qu’on s’oppose à un chantier aussi prometteur et que les choses traînent ainsi en longueur à cause de quelques récalcitrants. Tous les moyens sont bons pour éliminer les résistances…

La société Valter est propriétaire de la société Triangle qui est propriétaire des magasins Ecobioplus : Camille est viré du jour au lendemain. Plus d’emploi mais un peu d’argent devant lui et pas de gros besoins, voilà qui lui donne une plus grande liberté. Le tout est de savoir ce qu’il va en faire…

La rencontre avec Claire va lui apporter par des voies détournées, des objectifs et des raisons d’agir qui vont le faire voyager en France et même au-delà des frontières pour régler des comptes liés à la ZAD, certes, mais pas seulement…

Jean-Bernard Pouy met en scène avec beaucoup d’empathie et de tendresse les motivations de ces militants attachés à la défense des zones naturelles menacées par un bétonnage intensif et Camille apprécie chez les zadistes cette atmosphère bienveillante de solidarité et de chaleur humaine. Mais, selon les codes du polar classique, la femme fatale avance masquée et saura transformer le Pierrot lunaire en justicier impitoyable.
Le Pouy nouveau est arrivé, un cru à ne pas manquer !

Serge Cabrol 
(23/01/18)    



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Noir & polar








Gallimard
Série Noire
(Janvier 2018)
208 pages - 18 €






Jean-Bernard Pouy,
né en 1946 à Paris, auteur de nombreux romans noirs, nouvelles et pièces de théâtre, est aussi le créateur du célèbre personnage Le Poulpe.



Bio-bibliographie sur
Wikipédia




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