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Yishaï SARID

Le Troisième Temple

Ce roman se situe après la reconstruction du Troisième Temple, une période décrite dans les textes sacrés comme celle des temps messianiques, de la paix universelle, de la résurrection des morts. C’est une croyance traditionnelle qui s’apparente à l’utopie, à une promesse des temps futurs. Mais aujourd’hui en Israël, des Juifs fanatiques ont pris ces textes au pied de la lettre et ce roman dépeint la société qu’ils rêvent d’édifier.

Le narrateur est Jonathan, sacrificateur du temple et fils du roi. Il raconte ce que fut son histoire alors qu’il était prisonnier des Amalécites après une guerre vengeresse qui a provoqué la destruction d'Israël.

Vingt ans avant ce récit, Tel-Aviv et Haïfa ont été rayés de la carte, « vaporisés » par les Amalécites, l’ennemi héréditaire. Ne survivent que les habitants de l’intérieur des terres et des montagnes ; des religieux militaristes qui accusent les victimes d’être des mécréants que Dieu a puni. Ces religieux mènent une guerre « de Rédemption » qui balayent les mosquées et les églises et créent un royaume à Jérusalem où ils rebâtissent un temple à l’emplacement de l’antique.

Le roi est un ancien militaire, mystique et ambitieux. Jonathan est son plus jeune fils. Il est infirme depuis qu’enfant, une grenade destinée à son père l’a grièvement blessé.

Alors que son père mène une nouvelle guerre contre l’ennemi, un ange met en garde Jonathan et lui confie la mission de ramener la paix. Mais Jonathan reste sourd – par dévotion pour son père ou par lâcheté – et le royaume sera détruit.

Plusieurs signes annonciateurs se manifestent à la manière des plaies d'Egypte; un cochon, bête impure s'il en est, est jeté dans les flammes de l'autel  du sacrifice, une odeur pestilentielle s'abat sur la ville, des chants Amalécites sont diffusés par des hauts parleurs invisibles, des écrans s'allument dans le ciel et diffusent les paroles de paix d'Yitzhak Rabin. Mais les sacrifices animaux redoublent  et les bombardements s'amplifient pour détruite les villes et les habitants de l'ennemi voisin.

Le lecteur est obligé d'entrer dans la logique du récit halluciné de Jonathan qui donne toujours raison à son père et respecte les rituels à la lettre. On en ressent un vrai malaise, le lecteur est à son tour éclaboussé par le sang des animaux sacrifiés et oppressé tout comme  Jonathan qui souffre d'un enfermement multiple : celui de la cellule d'où il écrit ce récit ; celui du sanctuaire où il officie  pour tuer des animaux dont la souffrance et l'odeur de chair grillée lui sont devenus intolérables ; celui du régime autoritaire qui n'admet aucune déviation, aucun doute sur l'issue de la guerre qui tue les soldats et affame les populations ; celui du respect des rituels où tout écart est vécu comme une profanation ; celui, enfin, de son corps infirme qui l'empêche de s'épanouir et vivre sa vie d'homme. Ces enfermements multiples sont à l'image des traditions et des rituels dans lesquels les Juifs fanatiques se complaisent et de la politique extérieure d'Israël qui se met au banc des nations.

Ce roman est présenté par l'Editeur comme une "anticipation biblique" mais selon Charles Enderlin, journaliste au Moyen Orient, Israël est entré dans ce conte cauchemardesque dont elle ne peut plus sortir. Dans Au nom du Temple, publié en 2013, Enderlin montre déjà que les fondamentalistes croient que le monde est entré dans "l’ère eschatologique" et que, alliés à la droite nationaliste, ils s’opposent à toute concession territoriale, et a fortiori à la création d’un Etat palestinien souverain et indépendant.

Quand le fanatisme religieux prend le pouvoir il n'y a plus de place pour la négociation, pour la raison. Même les anges que Dieu nous envoie ne sont plus entendus.

Nadine Dutier 
(12/02/18)    



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Lectures








Actes Sud

(Février 2018)
320 pages - 22,50


Traduit de l’hébreu par
Rosie Pinhas-Delpuech









Yishaï Sarid,
né en 1965 à Tel-Aviv,
est avocat. Ce roman
est son troisième livre
paru chez Actes Sud.

Bio-bibliographie
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Pour en savoir plus :
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des Amalécites