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Gilles SEBHAN


Cirque mort



Dans ce roman, la folie et la mort créent une ambiance noire et lourde. Au cœur de l’intrigue, des enfants disparus dont celui du lieutenant de police. À proximité de la ville, un centre pédopsychiatrique dirigé par une sorte de gourou aux méthodes contestées. Le centre et son gourou sont-ils liés aux disparitions ? Suspense…

Un an plus tôt, juste avant Noël, un cirque installé au centre-ville a été le cadre d’un sinistre carnage, tous les animaux décimés à la hache. « Pour les gosses qui se rendaient à l'école en ce dernier samedi de l'année, ç'avait été un cauchemar de découvrir sur le petit terre-plein enneigé, en face des cinémas, la scène d'horreur. Tous ces animaux qu'on aurait voulu caresser et qui se trouvaient sur le flanc, du rouge barbouillé sur le pelage et se figeant sur la glace. Parmi les gosses, comme statufié, sauf la main gauche qui ne pouvait s'empêcher de gratter fiévreusement la couture de son jogging, se tenait Théo, huit ans, son cartable ballant au bout de son autre bras, la bouche entrouverte. » Théo, c’est le fils du lieutenant Dapper, le policier dont on va suivre la quête enfiévrée.

 À l’automne suivant, trois enfants ont disparu. D’abord Kevin, douze ans, un gamin élevé à la dure, adepte du kick-boxing. Quelques jours plus tard, c’était le tour de Ryan, quinze ans, élève en chaudronnerie dans un lycée professionnel. Et enfin, Théo Dapper…

Et depuis, rien. Aucune piste, pas un début de réponse. Les gamins se sont volatilisés. L’hiver a passé, la neige a recouvert le paysage.

Mais aujourd’hui, avec le dégel, deux corps ont été découverts. Kevin et Ryan. Atrocement mutilés. Mais aucune trace de Théo.

Dapper a reçu une lettre anonyme venant du centre psychiatrique. Le docteur Tristan qui dirige l’établissement, est un personnage hors du commun, convaincu que les enfants qui lui sont confiés sont l’avenir de l’humanité. « Tous ces garçons m'enseignent la réalité du monde. Ce n'est pas moi qui leur porte secours, mais eux. Ils viennent délivrer leur parole prophétique dans ma pauvre vieille oreille de médecin. Bien sûr, il y a des imposteurs, il y a des impies. Mais depuis quarante ans que je fais ce métier, j'ai pu constater que parmi eux se cachait toujours un messie. »

L’auteur de la lettre pas vraiment anonyme est un garçon de seize ans, Ilyas, qui semble savoir beaucoup plus de choses qu’il n’en dit et détient des objets appartenant à Théo. Mais le faire parler ne relève pas d’un interrogatoire habituel. Il dit ce qu’il veut quand il veut et distille ses éléments au compte-gouttes au fil du roman.

Dapper est prêt à tout pour retrouver son fils maintenant que des pistes s’ouvrent sur les relations entre Théo et certains enfants du centre et avec les deux ados dont on a retrouvé les corps. Le lieutenant comprend qu’il connaissait mal son fils, qu’il n’a pas su l’écouter, l’observer, le protéger, et tous les moyens sont bons pour essayer de réparer ses erreurs, s’il en est encore temps.

D’autres personnages jouent leur rôle dans cette sombre histoire. Anne, l’épouse du lieutenant ; Hélène, l’institutrice de la classe où Théo était scolarisé ; une illustratrice pour la jeunesse qui organise chaque année, dans sa grande maison, un goûter pour les élèves de l’école ; la secrétaire et les éducateurs du centre…

Le lieutenant Dapper ne pourra pas toujours rester dans le cadre légal pour démêler l’écheveau qui s’est tissé au fil du temps entre le centre, l’école et la ville. Mais il est convaincu que c’est au cœur de ce nœud gordien que se trouve la solution et que son fils, encore vivant, attend quelque part que son père vienne le délivrer.

Le suspense est soutenu jusqu’à la dernière page. Le lieutenant s’accroche au moindre fil, y compris les théories du docteur Tristan ou les visions d’Ilyas. Il cherche dans toutes les directions, plus motivé que jamais, après ces mois de silence où rien n’émergeait du paysage enneigé. Il n’y a pas que le sol qui se dégèle. Le policier aussi voit se fendiller certaines des défenses qu’il avait mises en place depuis sa propre enfance. Une enquête intéressante dont l’aspect introspectif n’est pas la moindre des qualités.

Serge Cabrol 
(12/01/18)    



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Noir & polar









Rouergue Noir

(Janvier 2018)
160 pages - 17,50










Gilles Sebhan,
né en 1967, écrivain et peintre, a déjà publié une douzaine de livres. Cirque mort est son premier polar.



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