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Janine TEISSON


La petite cinglée


Ce texte, publié chez Climats il y a vingt-cinq ans puis au Seuil, a reçu le Prix du premier roman de Chambéry en 1994 et le Prix Antigone 1994.

Une petite fille part en vacances en Espagne avec sa famille. Le texte est composé d’une série de mots avec leurs définitions qui retracent par fragments le voyage de ces deux adultes et trois enfants. C’est comme un « roman par nouvelles » (idée chère à Jean-Noël Blanc) autour de mots définis et déployés pour dire la souffrance, les peurs, les émotions terriblement effrayantes de cette petite fille aux prises avec de monstrueuses angoisses. Elle n’est pas comprise par ses parents. Le père est colérique et autoritaire. La mère se tait quand le père frappe ses enfants. Elle aussi cingle la petite fille, qu’elle assimile à une « petite cinglée », avec un torchon mouillé quand elle se met à crier de peur.

Le roman débute sur le mot Ongle « Lame cornée, implantée sur l’extrémité dorsale des doigts de l’homme. »
« Le sol est comme tamisé, balayé, très doux. La petite fille a tout de suite voulu s’y étendre, les bras en croix, comme elle fait à la plage, mais la mère a crié : "Tu es folle non ? Où tu te crois ?" […]
Une lamelle d’ongle qu’elle ébranle des heures durant puis déracine loin sous la chair. Elle s’y reprend à plusieurs fois tant la douleur est intense mais jamais n’abandonne. Jamais ! »    
Janine Teisson a toujours de magnifiques images littéraires : « Elle suce son doigt. Elle aime le goût métallique du sang. Le lendemain elle peut à peine le frôler. Il bat. Elle a un cœur dans le doigt. »

Nous voyageons de mot en mot de la Zébrure, à Poil, Short, Voyage, Sacrifice, Cingler, Secret, Diable, Folie, Mendicité, Honte, Mort, Voix… pour terminer sur Négatif : « Image, épreuve négative, sur laquelle les parties lumineuses des objets représentés sont figurées par des taches sombres et inversement. »       
Le négatif a plusieurs sens et laisse l’imagination s’ouvrir sur tout ce qui constitue la vie, le bonheur et le malheur ; la souffrance et le plaisir… la recherche du sens à donner à sa vie qui se détache au fil du temps comme peut le faire la photo qui prend forme sur le papier.

C’est un roman très rugueux, original qui prend aux tripes : « Ce qui l'effraie et peut arriver à tout moment, ce sont ces situations où quelque chose vous échappe et qui vous plongent dans la plus totale culpabilité sans qu'on puisse le prévoir et même lorsqu'on avait escompté tout à fait l'inverse. On peut donc déranger, faire de la peine, blesser, tuer même, sans le faire exprès ? »

C’est un dictionnaire personnel à cette petite fille qui dit la souffrance et les quelques éclats de rire et de bonheur volés de ci, de là.

Brigitte Aubonnet 
(23/07/18)    



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Janédit
108 pages





Janine Teisson,
a publié une quarantaine de livres pour les adultes
et la jeunesse.


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