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Mons KALLENTOFT & Markus LUTTEMAN


Bambi
(Zack, volume 3)



C’est un vrai plaisir que de retrouver notre policier Zack Herry, plaisir légèrement inquiet peut-être, car pour l’avoir suivi dans ses précédentes affaires (cf. Zack et Leon) nous avions pu constater la sensibilité du personnage comme ses addictions à certains produits. Cependant, ce jeune et néanmoins expérimenté inspecteur, talentueux et volontaire, semblait récemment avoir vaincu certains de ses démons. C’est pourquoi le prologue ne nous rassure pas : « L’univers se révolte. Tout n’est que tempête, hurlements. Les bourrasques du vent, le grondement de la moto. La mort qui cherche à lui cisailler les jambes […] etcette violente poursuite, du « jeudi 8 septembre », dont l’issue parait incertaine, nous indique déjà le taux élevé d’intensité dramatique qui va suivre. Nous vérifierons tout cela plus tard, bien sûr, le chapitre 1 précisant le point de départ de cette histoire avec la date : « Vendredi 24 juin, nuit de la Saint-Jean (quelques semaines auparavant) ».

Cette soirée de la St Jean, Zack la passe en compagnie de Mera, sa compagne : « Il a accepté d’admettre à quel point elle compte pour lui. C’était une conséquence de son combat contre la drogue. Ce rude combat qu’il avait livré à la fin de l’hiver. »

Or, la même nuit un drame collectif se produit au cours d’une fête, sur une île. « Il y a cinq personnes, des jeunes. Garçons et filles. Tous morts, on dirait… » L’équipe dépêchée sur place se rend compte que la façon dont ces jeunes sont morts paraît bizarre, les agressions semblent avoir été commises dans une sorte d’euphorie, sans que les victimes se soient défendues. Les jeunes se seraient entretués avec des couteaux en plastique…

Que s’est-il passé et surtout quelle substance consommée a-t-elle pu produire ce genre de violence ? Un nouveau produit de synthèse serait-il sur le marché, sans avoir été testé ? Par quelle filière serait-il arrivé auprès de ces jeunes ? Est-ce un accident ? Est-ce tout autre chose ? Le père d’un des adolescents pourrait-il être la cible d’une vengeance ?

Quelques jours plus tard, une nouvelle scène dans une villa : « Trois jeunes filles ont été retrouvées mortes à Hudinge. Un vrai carnage apparemment. Comme à Kopparkobben. » Mais ici sur la scène de crime le médecin légiste trouve un comprimé : « Zack examine le comprimé. Lisse, rond, avec une tête de Bambi imprimée sur une face ». Les questions se multiplient et il est prioritaire de trouver qui fabrique cette drogue mortelle et interrompre au plus vite la diffusion. « Il est beaucoup question des comprimés Bambi sur le plus grand site de vente de drogues du Darknet, poursuit Sirpa, mais même là, il semble régner une grande confusion, et beaucoup d’incertitude. »

La police finit par trouver un jeune délinquant qui aurait fabriqué ces comprimés, et dont le labo a été fermé avant même qu’elle ne découvre l’appartement en question et nettoyé. Les contacts pris par le duo Zack et Deniz amènent, au début, plus de questions que de réponses, mais toutes les pistes seront suivies. Zack ira même jusqu’à interroger son vieil ami Abdula, dealer connu, à ces heures... Des liens se trouveront, car le tissage toujours subtil que nous présente une nouvelle fois ces auteurs, bien que tortueux, suit une logique qui pour être bien dissimulée, n’en est pas moins pertinente ! Et cette composition du roman nous permet alors d’aborder et de comprendre les ramifications suggérées. Dans son dialogue avec lui-même, l’inspecteur Zack nous fait part de ce qu’il constate, en laissant ses réflexions surgir et compléter ainsi notre information !

L’écriture est toujours aussi vive, et touche toujours aussi juste, car elle se déploie également, lorsque nécessaire, dans des éléments de douceur. « Le corps chaud de Mera contre le sien. Le drap fin en soie qui les enveloppe comme un nuage, les murs gris qui paraissent presque noir dans la nuit. »

D’autres personnages vont livrer également leurs pensées en mouvement, comme cette mystérieuse Olympia, cette femme à la tête d’une entreprise aux ramifications pas toujours claires, qui, par exemple, observe sa fille à son domicile, à travers des caméras, cette fille, la magnifique Hebe, qui ne laisse pas Zack indiffèrent…

C’est ainsi que l’on est pris par cette nouvelle histoire, ces crimes atroces dont il faut découvrir les auteurs, le fabricant de la drogue mortelle, comme les pourvoyeurs anonymes. Mais l’on est pris aussi et peut-être surtout, par la façon dont certains des protagonistes s’approchent des lecteurs : sont-ils suspects, sont-ils là pour compliquer l’enquête, ou pour nous en distraire ? Mais pris aussi par la vie quelque peu tourmentée de notre inspecteur, avec ses traumatismes anciens, comme celui qu’il va vivre au cours de cette aventure, pris par les expériences de Deniz, ou la sagacité de l’inspecteur aveugle Rudolf Gräns. «  Il peut rester des heures face à un suspect récalcitrant sans proférer un mot. À la fin le suspect craque et parle sans que Rudolf ait posé la moindre question. » Pris ainsi dans ce thriller parce que cette composition lui donne force et profondeur... et sans oublier les surprises au cours du déroulement de l’action.

Tout en touchant parfois le sordide, l’humanité de certains des personnages se confirmera et on pourra lire la poésie dans ces phrases qui se glissent, parfois en italique, et qui, mine de rien, contribuent au charme et à l’efficacité de ce troisième volume de la série.

Anne-Marie Boisson 
(19/12/18)    



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Noir & polar










Gallimard Série Noire

(Octobre 2018)
496 pages - 20


Traduit du suédois par
Hélène Hervieu








Mons Kallentoft,
né en 1968, journaliste et écrivain, s'est fait connaître en France grâce à la série des « Quatre Saisons » mettant en scène l'enquêtrice
Malin Fors.


Markus Lutteman,
né en 1973, journaliste et écrivain, est l'auteur de six ouvrages, non encore traduits en français.







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les premiers volumes
de la série :


Zack



Leon