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David BELL


La fille oubliée


Le prologue, nous donne-t-il un indice ? Devons-nous lui porter une attention particulière ? Ce roman ne semble pas déroger à la règle …

L’histoire se passe à Ednaville, où Jason, qui avait quitté cette petite ville après le lycée, est revenu s’installer avec sa femme Nora. Ils travaillent tous les deux, n’ont pas eu d’enfant, et disent avoir ainsi choisi de privilégier leur carrière.

Les premiers chapitres racontent comment Hayden, la sœur cadette de Jason, est arrivée sans prévenir pour lui confier sa fille adolescente, Sierra. Seulement pour quarante-huit heures, affirme-t-elle, le temps de régler une affaire très importante pour elle. Ensuite elle reviendra chercher sa fille à qui elle tient beaucoup.

Mais très vite l’inquiétude gagne, et ce, même avant que le délai annoncé soit écoulé, car Hayden a trop souvent par le passé, été coutumière du fait, avec de longues périodes où elle ne donnait aucune nouvelle à sa famille. Fugues de jeunesse, confrontations à des situations complexes, alcool … « Combien de fois elle a disparu de nos vies, malgré toutes ses promesses ? » 

Sierra attend donc, en compagnie de son oncle et de sa tante, le retour de sa mère. Elle est très attachée à elle mais semble cependant lucide quant à ses faiblesses.

Le récit va ainsi rendre compte, au jour le jour, de l’évolution de la situation. Les interrogations partagées, les sentiments s’affinent, mais l’inquiétude monte, et particulièrement quand Hayden ne revient pas au bout des quarante-huit heures annoncées.

Cette disparition va en rappeler une autre, advenue vingt-sept ans plus tôt. Le meilleur ami de Jason, Logan, n’a plus réapparu après la fin de l’année scolaire, et la remise des diplômes. Lors de la soirée qui avait suivi la cérémonie, il s’était disputé violemment avec Jason. Mais Logan ayant toujours dit qu’il allait partir, sa disparition avait finalement été considérée comme volontaire, bien qu’une enquête ait été menée à l’époque. Jason avait été interrogé par la police, alors. Mais on apprendra les circonstances et les raisons de cette dispute plus tard.

« L’été le rendait nostalgique, – de son enfance, de son adolescence avec Regan et Logan, d’une époque où il n’avait pas à se soucier de tous ces problèmes d’adultes. C’est normal d’être touché par tout ça, il le savait. »

On va retrouver la voiture de Hayden, avec du sang sur un siège, et quelque temps après un cadavre sera découvert sur la Butte du fameux parc. Les questions sont là, qui envahissent les protagonistes, et les perturbent. « Il ferma les yeux en espérant que les taches disparaissent. Il vit Hayden. La petite fille dans le bac à sable. En pleurs. Qui avait besoin d’aide. […] Hayden portant un toast à ses parents, disant ce qu’il fallait au moment où il le fallait. Hayden franchissant la porte à côté de laquelle il se trouvait en ce moment même. Il l’avait laissée s’en aller. Il l’avait laissée partir. »

Mais ce qui paraît le plus intéressant dans ce roman, outre le suspense qui est bien dosé, relancé et même ramené par des personnages qui à l’occasion ne nous inspirent pas une totale confiance, c’est cette manière qu’a l’auteur de nous impliquer presque malgré nous afin que nous nous intéressions à ces personnes qui aiment, souffrent, qui se préoccupent des autres… Peut-être parce que parfois elles peuvent nous ressembler dans la gestion complexe de nos histoires familiales ? Leurs réflexions, en éclairant le passé, iront-elles expliquer certains aspects du présent ?… À nous de trier. Et c’est sans doute ainsi que la narration fonctionne auprès des lecteurs : les secrets révélés au compte-gouttes, mais à bon escient etc…

L’art d’un conteur qui n’oublie rien, ni de nous préciser les origines sociales de certains personnages quand cela peut-être pertinent ni de nous donner certaines informations sur la vie menée par l’un ou l’autre personnage. C’est alors que l’on a presque envie d’interrompre les discussions que ce soit celles de Jason ou de Sierra ou même les analyses du policier Olsen par exemple, pour donner notre avis, in situ, sur cette histoire.

Une écriture simple, qui raconte, explique, nous parle, et incidemment, va nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page…

Anne-Marie Boisson 
(25/01/19)    



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Noir & polar








Actes Noirs
(Novembre 2018)
352 pages - 22,80


Traduit de l'anglais
(États-Unis)
par Manuel TRICOTEAUX










David Bell,

né en 1969, vit dans le Kentucky où il enseigne l’écriture. Il a publié une dizaine de romans policiers dont quatre sont déjà traduits chez Actes Sud.


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