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Véronique BIZOT

Une complication, une calamité, un amour


Nous pénétrons avec bonheur dans l’univers si particulier de Véronique Bizot où les lieux jouent un rôle essentiel. Nous voguons dans un monde où la folie est présente puisque le narrateur vient de sortir d’un hôpital psychiatrique : « Notez aussi, avait dit la personne de l'agence immobilière, qu’on a fermé l’établissement psychiatrique cet hiver, ils n'étaient plus que quatre là-dedans, relativement inoffensifs en principe, aucun des quatre ne souhaitant d'ailleurs sortir, ils ont protesté, il y avait des pétitions, quelques banderoles, mais pour finir on les a expédiés dans la nature avec un petit stock de sédatifs et on ne les a plus revus. Mais allez savoir ce qu'ils ont fabriqué une fois dehors. » Le narrateur a laissé partir à la montagne ses trois camarades de l’hôpital psychiatrique. Au dernier moment, lui, n’a pas voulu les suivre. Il épie la femme qui cherche à louer de nouveau la maison où a eu lieu le meurtre de Samuel Blank dont il a été témoin de son poste d’observation.

Le narrateur soupçonne Samuel Blank, avec qui il allait fumer un cigare de temps en temps, de faire partie d’une mystérieuse organisation ainsi que le tueur à gages, Paul Prévert, qu’il va continuer à surveiller puisqu’il semble préparer de nouveaux meurtres : « Son retour au village, qui signifiait peut-être un autre meurtre à venir, ne m’a pas surpris, en vérité j'espérais le retour de Prévert, un personnage qui m’est tout de suite apparu comme entièrement livré à lui-même, l'un de ces êtres parfaitement calmes, presque toujours silencieux, mais avec qui il est possible de dialoguer en silence. »

L’intrigue est très bien menée en flottant entre le réel et la folie : « J'appréciais de voir, depuis un renfoncement de la cour, Prévert dessiner, son dos incliné vers la table, sa nuque concentrée, la mouche qui venait se poser sur le col de sa chemise, légère et minuscule, très différente de ces mouches dont nous étions envahis à l’asile, de grosses mouches grises dont il était impossible de se débarrasser et qui rendaient le boucher à moitié ivre de rage. C'est du jour où les psychiatres ont déserté l'asile que les mouches sont arrivées. Plus un seul psychiatre dans l'asile, mais des cohortes de mouches qui nous tournaient impitoyablement autour, dans un vrombissement incessant, sans que nous sachions ce qu'elles nous voulaient. »

Qui est vraiment ce narrateur ? Quel rôle joue-t-il ? Est-il seulement observateur ?

« Je précise qu'il dormait énormément, contrairement à moi, que la dose la plus massive de barbituriques ne fait guère somnoler plus de dix minutes d’affilée. Donnait-on le plus petit comprimé au notaire qu’il s'écroulait aussitôt après l'avoir avalé et qu'on n’entendait plus parler de lui jusqu'au lendemain, mais je suis pour ma part narco-résistant, comme le disaient les psychiatres, et je peux même dire que les barbituriques ont sur moi des répercussions tout à fait surprenantes, qui n'apparaissent en tout cas nulle part dans la liste des indications thérapeutiques. »

L’écriture parfaitement maîtrisée déploie le style étonnant et original de Véronique Bizot. Cette novella est à la fois invraisemblable et tout à fait plausible jusqu’à la fin avec différentes interprétations possibles. Le lecteur est acteur de sa lecture. Les phrases très longues permettent de plonger avec bonheur dans la matière des mots que Véronique Bizot sait très  bien malaxer. 

Brigitte Aubonnet 
(29/04/19)    



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Actes Sud

(Avril 2019)
80 pages - 11





Véronique Bizot





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