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Sorj CHALANDON


Une joie féroce


Ce roman est une merveille de délicatesse. Sorj Chalandon y décrit la maladie, la douleur, les blessures du corps telles qu’une femme peut les ressentir. Jeanne, la narratrice va trouver en elle une énergie insoupçonnée pour combattre la maladie mais plus encore pour résister à la bêtise, aux bavardages indiscrets, au banquier qui lui refuse un prêt, pour en finir avec la soumission, avec la résignation.

Jeanne est libraire. Une femme davantage à l’écoute des autres que dans l’affirmation d’elle-même. Quand elle apprend « qu’il y a quelque chose » à l’échographie du sein et que cette grosseur est probablement cancéreuse, elle a « six heures pour passer de l’insouciance à la terreur ». Cette terreur, Sorj Chalandon nous la transmet à travers des phrases courtes, percutantes, directes comme des coups de poing, comme le choc des mauvaises nouvelles.

Pour mieux apprivoiser la bête, Jeanne lui donne un nom ; « Quel nom lui donner ? J’ai pensé au camélia. Un bouton rouge sang. Une fleur de décembre, le mois le plus éloigné du soleil. Voilà. Mon camélia. Mon hiver. Et aussi mes brumes, mes corbeaux sur la plaine, mes pluies infinies, mes brassées de chrysanthèmes à étouffer les morts. »

Mais Jeanne a déjà connu une terrible épreuve ; son fils handicapé est mort à l’âge de sept ans. La peur de la mort vient raviver la douleur mal cicatrisée. « La mort avait volé notre lumière. Elle était entrée chez nous par effraction, un matin d’été. Elle connaissait sa proie. Le petit, le blafard, le fragile, le plus facile à emporter sur son dos. »

Pour Matt, son mari, c’est la tragédie de trop ; « c’est trop dur, avait-il dit ». Il est incapable d’assumer le moindre soutien, la moindre empathie. Il n’offre aucun secours à Jeanne, au contraire il lui en veut et s’éloigne. La chaleur, la tendresse dont un corps blessé a tant besoin, c’est auprès d’autres femmes que Jeanne va les trouver. Des femmes qui mènent la même guerre qu’elle et qui chantent à la vie. « Elle et les autres se moquaient de la maladie. Elles riaient de la mort. Allaient à la chimio comme d’autres à la manucure. C’était dur pourtant. Chacune souffrait, pleurait, poussait un cri de douleur au moment du lever mais aucune ne se plaignait. »

Des femmes qui, comme elle, ont souffert ; qui ont connu les drames de l’amour, de la maternité et certaines la prison. Et, tout d’un coup, l’histoire tourne au polar. Jeanne si sage et bien élevée devient complice d’un braquage. Cela devient drôle et irréel mais ce braquage va révéler à Jeanne sa force de caractère.

Ce roman est un hymne à la vie et à l’amitié, mais aussi à la colère bienfaisante.

Nadine Dutier 
(20/08/19)    



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Lectures







Sorj CHALANDON, Une joie féroce
Grasset

(Août 2019)
320 pages - 20,90









Sorj Chalandon,
né à Tunis en 1952, a publié une dizaine de livres et obtenu de nombreux prix littéraires dont le Médicis et le Goncourt des lycéens.


Bio-bibliographie
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