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Mehdi CHAREF


Rue des Pâquerettes


Aujourd’hui, on va travailler sur
Rosa Parks.[…] Pour la première fois
aux Etats-Unis d’Amérique, une noire
a dit à un blanc… Non !
   J’aime bien le « non » de cette femme,
il m’enlève de l’amertume. […]
Un mot que vos pères s’interdisent de prononcer.
Mehdi Charef

Mehdi Charef arrive en 1962 au bidonville de la rue des Pâquerettes à Nanterre et se retrouve dans l’école éponyme qui vient d’être construite. « Dans la classe de rattrapage de monsieur Raffin, on fait attendre les enfants dont on n’a plus aucun espoir qu’ils se réinsèrent dans une scolarité normale. Moi, j’y vais parce que je n’ai eu qu’une année d’école en Algérie, et j’avais déjà dix ans en arrivant en France. Je réapprends à lire et à écrire. Nous sommes une dizaine comme ça, des immigrés. Les autres – il y en a quatorze – sont d’ici et plus âgés que moi. Ils ont des soucis chez eux, qu’ils traînent partout où ils vont. » Malgré la gentillesse de l’instituteur, son attention à son développement, le livre dédié « À mon père » pourrait tout aussi bien être dédié à Monsieur Raffin, l’instituteur, qui se trouvait déjà dans le premier roman de Mehdi Charef, Le thé au harem, malgré le directeur monsieur Besson qui lui annonce son passage dans un CM « normal » et lui dit en même temps qu’il n’ira pas sur les chantiers comme son père, mais en usine, malgré cela il voit bien ce que la France lui réserve. « Ce qui retient par le dos l’enfant d’immigré, ce qui lui enlève toute envie, tout désir de connaissance, de possession, c’est qu’au fond de lui, il sait qu’on l’a autorisé à rejoindre son père en un exil lointain pour plus tard, prendre le même chemin que lui […] On sera du bétail comme nos pères, mais avec un cartable sur le dos. Nous dépasserons nos aînés qui étaient des analphabètes, des mulets, nous saurons lire une feuille de service, déchiffrer un plan de travail : quel gain de temps. C’est cela, le bon plan de ceux qui ont fait venir enfants. Nous nous attellerons plus vite et mieux à la tâche, sans interprète. Ils le savent, tous ces basanés qui m’entourent chez monsieur Raffin. Ils ne se font pas d’autres plans… »

Mehdi Charef va avoir un autre destin car il est amoureux des mots, des histoires et des rédactions dont il est toujours le héros, car comme le dit sa mère il dit toujours  Moi, Je et non Nous. Et puis surtout, il a retenu la leçon de Gwenn,  dire non, non au destin tracé.

Livre dédié au père, nous suivons celui-ci, berger de l’Oued Charif, qui fuit la guerre, vient travailler comme terrassier en France, a creusé toutes les tranchées entre Nanterre et Maisons-Laffitte, dans ce pays où novembre dure six mois. Le père dont le petit Mehdi pense, Mon père va la trouver, la pépite ! C’est bien pour cela qu’il s’époumone dans l’odeur âcre du goudron brûlant, qu’il s’esquinte à creuser au plus profond… Nous suivons également la mère qui elle aussi a fui la guerre et surtout la perte d’un enfant en Algérie et la vie du bidonville des Pâquerettes, la vie de Mehdi dans celui-ci.

            Un livre émouvant qui fait revivre l’exil, le bidonville, la vie des années soixante dans ce coin de banlieue et la vie d’un petit immigré singulier, Mehdi Charef.

Michel Lansade 
(09/07/19)    



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Mehdi CHAREF, Rue des Pâquerettes
Hors d'atteinte
(Janvier 2019)
252 pages - 17 €








Mehdi Charef,
né en Algérie en 1952, arrivé en France en 1962, a connu les bidonvilles, les cités de transit et l’usine avant de publier quatre romans au Mercure de France et de réaliser onze films, dont Le Thé au harem d’Archimède.

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