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Marie DARRIEUSSECQ


La mer à l’envers


Quand un roman a l’intelligence du cœur, il a l’intelligence tout court. C’est le cas de La mer à l’envers, le nouveau et délicat roman de Marie Darrieusecq. Le titre, déjà, est subtil. Le livre lu, on mesure combien on peut jouer avec lui, juste pour le plaisir : la mer à l’envers ne serait-ce pas la mère à l’endroit ?

Il est ici question de mer et de mère en tout cas. La mer qui rejette les réfugiés, les migrants, des hommes et des femmes, jeunes ou moins jeunes, des êtres humains. La mère qui accueille, recueille, elle dont c’est peut-être la fonction même si, on le sait, l’auteure n’est pas de celle qui réduit les femmes à la maternité.

Une mère donc. Une simple femme, Rose, qui fait une croisière pour la première fois de sa vie avec ses deux enfants et qui se trouve confrontée à l’un des événements que la Méditerranée connaît de plus en plus : soudain, devant le paquebot, un bateau de fortune est en train de sombrer. Les mains des réfugiés s’agitent. On les sauve, on les fait monter à bord, on les réchauffe et Rose est là sur le pont – elle touche la main de l’un d’eux. Et sa vie bascule, fait brusquement corps avec l’inconnu touché. Il y a rencontre.

Ce que Rose fera de cette rencontre, le roman l’écrit simplement, c’est-à-dire avec sobriété et justesse. Avec empathie aussi car Rose, c’est nous. Ni héroïque, ni politisée, ni engagée, elle ne peut ignorer cette rencontre, c’est tout. C’est aussi simple que cela.

Oui, nous pourrions tous être Rose. Mais nous ne pourrions pas tous écrire avec l’élégance de Marie Darrieussecq qui, décidément, a le don de créer des personnages auxquels on croit totalement. Rose mais aussi ses enfants semblent exister devant nous, comme si on allait les croiser. Le jeune réfugié a la même crédibilité car l’auteure n’en fait pas un cliché, un spécimen. Younès est un garçon comme un autre, un adolescent comme un autre, un ado. Un réfugié est comme tout le monde, voilà ce qu’il faut se répéter tant cette vérité nous fait changer de regard : si Rose peut être nous, Younès peut l’être également.

La mer à l’envers est en somme un roman d’amour. L’Amour avec un grand A, celui qui devrait circuler plus souvent entre les êtres : amour ni mièvre ni passionnel. Amour généreux. C’est aussi simple que cela.

Isabelle Rossignol 
(09/09/19)    



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Éditions P.O.L.

(Août 2019)
256 pages - 18,50 €



Marie Darrieussecq,
écrivain et psychanalyste,
a obtenu le prix Médicis pour Il faut beaucoup aimer les hommes.


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