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Jean-Paul DELFINO


Assassins !


Le roman que nous livre Jean-Paul Delfino est passionnant à plus d’un titre. Alors, commençons par le titre, Assassins !
Voilà une promesse d’intrigue policière aux multiples coupables !
La promesse est tenue, l’intrigue s’avère haletante et très originale. L’auteur grâce à une astucieuse composition réunit victime et enquêteur en une seule et même personne. Et pas n’importe quelle personne, puisqu’il s’agit d’Émile Zola :
“Il demandait àvoir. À voir et à enquêter, ainsi qu’il avait toujours eu l’habitude de le faire. Noircir des feuilles pour établir des dossiers solides, avec rationalité et rigueur. Se laisser pénétrer des tempéraments. Et écrire, Écrire ! Écrire !”

La mort d’Émile Zola, voilà un sujet auquel il est délicat de s’atteler. L’accident de cheminée est, et reste, la version officielle. La contestation de cette cause est vive et multiple, mais aucune preuve définitive n’a jamais pu l’infirmer. Et pourtant, dans cet ouvrage, Jean-Paul Delfino mêle subtilement au récit nombre d’informations en absolue défaveur de la thèse accidentelle.

Pour autant l’authentique enquête, menée par l’auteur de manière rigoureuse et fructueuse, ne se limite pas à un aspect policier, loin de là !
Il réalise une œuvre éthique en dépeignant de façon bien peu flatteuse les mœurs et la vie politique de la fin du XIXème siècle. Que ce soit dans les arcanes du pouvoir, dans les milieux de la presse, de l’armée, de la religion, ou même du peuple, la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme sévissent à l’extrême. Les idées, les paroles et les faits sont adoubés, encouragés, au-delà de la nausée, de l’atrocité et de l’abomination.
Ce climat anti humaniste décrit sans concession confère au roman une dimension “devoir de mémoire”, il contient une mise en garde contre les tentations destructrices, contre les idéaux basés sur la haine et la violence, qu’elle qu’en soit l’époque.

Mais le récit ne se limite pas – si l’on peut dire – à cet aspect, il brosse une biographie de Zola aussi pointue que captivante.
Jean-Paul Delfino, dans son style tout en vivacité et élégance, analyse, informe et rend hommage - Il se fait écrivain naturaliste pour évoquer certains événements de la vie du Maître.

L’auteur dissèque si finement les circonstances historiques qu’il offre à ses lecteurs une vision inédite de la situation, il révèle le dessous des cartes...
Il est, par exemple, notoire qu’à la mort du père d’Émile, la famille s’est retrouvée dans la gêne financière, dans la déchéance matérielle. Cet état de fait, très concevable, est communément admis sans autre forme de procès. Et bien l’auteur, lui, éclaire l’affaire sous un tout autre jour en précisant les circonstances qui l’entourèrent !
L’affaire Dreyfus, elle-même, pourtant des plus connues du grand public, trouve dans ce roman une dimension oubliée ou méconnue, voire insoupçonnée. Nous avons spontanément tendance à la restreindre au célèbre  “j’accuse”, un peu à la façon d’un slogan à succès, or, le récit restitue à la spectaculaire action d’Émile Zola toute son ampleur, toute sa noblesse, mais aussi tout son tragique.

Une argumentation, assez inédite encore, montre que le choix de masquer la réalité de la mort d’Émile Zola n’est pas que machiavélique...

Le propre de ce roman est de passer au crible de la réalité nombre des versions communes, officielles, ou de surface.
L’auteur ne s’adonne pas pour autant à un virulent plaidoyer ou à d’éclatantes dénonciations. Ses révélations, parfaitement étayées, s’inscrivent dans le récit avec une grande évidence. Il n’est certes pas l’initiateur de la thèse qu’il défend mais son argumentaire l’accrédite de façon déterminante, irréfutable.
Tout au long du roman affleure en filigrane un procédé qui rejoint celui d’une élégante démonstration mathématique, et dont l’ultime conclusion appelle un grand CQFD...

Bien plus qu’une enquête, ce roman est une quête aboutie de vérité et de justice.

Catherine Arvel 
(09/09/19)    



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Lectures







Jean-Paul DELFINO, Assassins !
Héloïse d’Ormesson

(Septembre 2019)
280 pages - 18











Jean-Paul Delfino,
né en 1964, a déjà
publié plus d’une
trentaine de livres.



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