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Katharine DION

Après Maida



Comment survivre à la mort de la femme qui fut la vôtre pendant cinquante ans ? Qu’emporte-t-elle avec elle ? Qui devient-on quand on perd sa moitié ? Voici quelques-unes des questions que se pose Gene, personnage principal du premier roman de Katharine Dion que publient les très belles éditions Gallmeister.

Dès les premières pages nous sommes plongés dans la stupéfaction du veuf alors qu’approche la commémoration de la disparition, survenue deux mois plus tôt, de Maida. Plongé dans le deuil et l’impossibilité de circonscrire l’étendue de sa perte, la vie de Gene ne se résume qu’à essayer d’endiguer la douleur, qu’à survivre tant bien que mal : « Chaque fois qu’il pensait avoir défini le deuil, le déclarant ceci ou cela, le deuil lui envoyait une volée de volatiles dans la poitrine. »

Gene doit pourtant écrire le discours qu’il lira lors de la cérémonie d’hommage à Maida. Peinant à le rédiger il convoque ses souvenirs, dont la plupart demeurent malheureusement opaques. « Une fois de plus Gene étudia leur photo de mariage ; les détails n’avaient pas changé, ils demeuraient impénétrables. La manière dont ils les avaient vécus était impossible à ressaisir. Quelque chose avait été perdu. Voici ce qu’il ressentait : quelque chose a été perdu. Il l’écrivit et compta les mots. C’était ce qu’il était parvenu à formuler de plus juste. Était-il possible d’écrire une oraison de cinq mots ? »

Pour le lecteur c’est en réalité toute la première partie de ce roman délicat qui constitue l’oraison que tente d’écrire le veuf. En effet, dans les pas de Gene, nous reconstituons le portrait de celle qui fut sa femme. Progressant à la manière d’un enquêteur, Gene se remémore les grands moments de leur vie commune, de leur rencontre aux étés passés près d’un lac avec leur couple d’amis, en passant par la naissance de leur fille Dary. Au terme de ses réminiscences Gene semble avoir retrouvé, pour toujours, Maida : « Il était fasciné de se rappeler tant de choses sur sa manière d’habiter le monde. Toute cette intimité, ces souvenirs, savoir précisément comment elle prenait soin de son corps, sa façon de se mouvoir dans l’espace. Des détails banals, insignifiants. Pourtant Gene avait tout consigné, année après année. Maida dans chacune de ses déclinaisons : la femme qu’elle était avant de devenir celle qu’il aimait, la femme qu’il avait épousée, la femme qui continuait de changer, d’une manière invisible pour les autres. »

Le texte de Katharine Dion suit donc pas à pas le lent parcours de Gene qui a besoin, pour apprendre à vivre seul, d’appréhender ce que fut Maida, non seulement avec lui, dans la vie qu’ils ont partagée, mais également de façon intrinsèque. Une fois cette quête aboutie la vie pourra continuer, et peut-être même apporter son lot de surprises et de désir, prouvant ainsi à Gene qu’il est encore vivant, après Maida…

Amandine Farges 
(04/03/19)    



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Gallmeister

(Janvier 2019)
272 pages - 22


Traduit de l’anglais par
Juliane Nivelt







Katharine Dion
est née en 1980 en Californie. Après Maida
est son premier roman.