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Jean-Paul DUBOIS

Tous les hommes n’habitent pas le monde
de la même façon



Paul, le narrateur, né à Toulouse en 1955, se retrouve en 2008 incarcéré à la prison de Montréal. Comment, pourquoi ? C‘est ce que nous découvrons peu à peu au fil du roman. Pour le moment, il doit partager sa cellule avec un détenu franchement patibulaire qui rêve de « couper en deux » tous ceux qui l’énervent ou le contrarient. En chapitres alternés, Paul évoque donc cette difficile cohabitation et remonte aux origines du parcours qui l’a mené jusque-là. Le récit d’une vie de travail et d’amour brisée par le destin et bouclée entre quatre murs.

Six mètres carrés pour deux. « Deux lits superposés, deux fenêtres, deux tabourets scellés au sol, deux tablettes, un lavabo, un siège de toilette. » Evidemment, les toilettes ne sont pas isolées et, si l’on ajoute les rats qui vont et viennent en se glissant par tous les interstices, on comprend vite que le séjour n’a rien de paradisiaque.

Depuis neuf mois, Paul « partage cet enclos avec Patrick Horton, un homme et demi qui s'est fait tatouer l'histoire de sa vie sur la peau du dos – Life is a bitch and then you die – et celle de son amour pour les Harley Davidson sur l'arrondi des épaules et le haut de la poitrine. Patrick est en attente de jugement après le meurtre d'un Hells Angel appartenant au chapitre de Montréal, abattu sur sa moto par ses amis qui le soupçonnaient de collaborer avec la police. Patrick était accusé d'avoir participé à cette exécution. »
Malgré son allure inquiétante et la virulence de ses propos, Patrick n’est pas un monolithe de violence. La promiscuité l’amène à révéler des faiblesses, des peurs, des secrets, des désirs, des regrets liés à son enfance, toute une humanité qu’il cache résolument sous une carapace d’ange de l’enfer. La relation avec Paul fait de Patrick, au fil des chapitres, un personnage plus contrasté, émouvant, presque attachant.

Paul ne révèle à Patrick que les grandes lignes de l’affaire qui l’a conduit en prison. « Très vite, Patrick a voulu savoir avec qui il allait devoir partager tous les jours sa cuvette de toilette. Alors je lui ai raconté mon histoire. »

Mais Paul ne peut évidemment pas révéler à Patrick que Johannes, son père, Winona, sa femme indienne Algonquine, et Nouk, sa chienne tant aimée, viennent lui rendre régulièrement visite bien qu’ils soient morts tous les trois. « Ils entraient, et je les voyais aussi distinctement que je pouvais détailler toute la misère incrustée dans cette pièce. Et ils me parlaient, et ils étaient là, au plus près de moi. Depuis toutes ces années où je les avais perdus, ils allaient et venaient dans mes pensées, ils étaient chez eux, ils étaient en moi. Ils disaient ce qu'ils avaient à dire, faisaient leurs affaires, s'efforçaient d'arranger le désordre de ma vie et toujours trouvaient les mots qui finissaient par me conduire vers le sommeil et la paix du soir. Chacun à sa façon, dans son rôle, ses attributions, m'épaulait sans jamais me juger. Surtout depuis que j'étais en prison. Pas plus que moi, ils ne savaient comment tout cela était arrivé, ni pourquoi tout avait basculé si vite en quelques jours. Ils n'étaient pas là pour déterrer l'origine du malheur. Ils s'efforçaient seulement de reconstituer notre famille. »

Seul le lecteur aura accès au récit de Paul et découvrira peu à peu toutes les étapes du long parcours qui l’a conduit de Toulouse au pénitencier de Montréal : l’enfance entre deux parents aussi amoureux qu’opposés ; son père, pasteur né au Danemark ; sa mère, née à Toulouse, reprenant après la mort de ses parents, la gestion d’un cinéma Art et essai ;  les affrontements entre la rigueur du pasteur et le militantisme féministe et laïc de la pasionaria cinéphile ; les raisons du départ vers le Canada ; les vingt-six ans de travail comme homme à tout faire dans une résidence de luxe avec piscine et salle de sport ; la rencontre avec Winona, une Indienne qui pilote un avion-taxi ; sans oublier Nouk, la chienne blanche trouvée au bord d’un lac.

Une fois encore, Jean-Paul Dubois réussit un très beau roman, sensible et émouvant, évitant le pathos grâce à ses pointes d’humour, et nous offrant de belles balades parmi les lacs et les forêts du Québec. Un grand bonheur de lecture.

Serge Cabrol 
(14/10/19)    



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Lectures



Jean-Paul DUBOIS, Tous les hommes n’habitent pas le monde de  la même façon
L'Olivier

(Août 2019)
256 pages 19









Jean-Paul Dubois,
né en 1950 à Toulouse,
a été journaliste et grand reporter pour Le Nouvel Observateur. Il a publié une vingtaine de livres et obtenu plusieurs prix littéraires dont le Femina en 2004. Certains de ses romans, dont Kennedy et moi, ont été adaptés au cinéma.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia






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le précédent roman de
Jean-Paul Dubois :

La succession