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DWA


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Eric Andriantsialonina dit Dwa, auteur malgache de BD et carnettiste, est retourné dans la ville de son enfance, Alatsinainy Bakaro, appelée Al Bak : « Je ne sais plus combien de fois j'avais rêvé de cette scène dans ma tête : moi traversant cette allée qui mène au centre du village. Dans mes rêves, l'image était floue car je n'ai aucun souvenir concret de cet endroit. Mais ça y est, après toutes ces années, je suis enfin de retour à Alatsinainà Bakaro. C'est presque irréel. »
 
Les dessins sont accompagnés de textes pour évoquer ce voyage de remontée dans le temps en alternance avec des BD. La richesse des couleurs, des dessins et des paysages est vraiment magnifique. Nous voyageons avec Dwa et nous l’accompagnons au fil de ses réflexions, de ses émotions, de ses rencontres…
« Mes souvenirs de cet endroit sont très nets, mes parents ont pris beaucoup de photos ici. Le collège n'a pas du tout changé, il était exactement comme dans mes souvenirs, même couleurs, même ambiance. Le texte en malgache "SAFF Alatsinainy Bakaro" inscrit sur le bâtiment au milieu s’y trouve toujours, même s'il est moins lisible. J'ai su plus tard que ces 27 dernières années les bâtiments n'ont subi aucune rénovation, même pas des coups de pinceaux pour rafraîchir la peinture. Le fait que ce collège public n'ait pas obtenu de sous pour entretenir ses infrastructures ne m'étonne malheureusement pas. Pour son dernier poste, mon père a été le directeur d'un grand CEG à Tana, et il se plaignait souvent du faible budget qu'on lui accordait pour l'entretien de l'établissement. »

Au fil des dessins, nous poursuivons le cheminement de Dwa dans son passé. Il retrouve des personnes qui ont connu ses parents, la première maison où il a vécu, des jeunes avec qui il était en classe…

Dessiner est un art de vivre : « En rentrant, j’ai eu la sensation de ne pas avoir suffisamment dessiné. Le soir, en manque, je me suis amusé à dessiner ma chambre. » Dwa n’a jamais pris de cours, il a toujours été passionné par le dessin et pour lui c’est un témoignage : « Plus tard, une dame qui m'a vu dessiner l'enclos à zébus, m'a demandé si ça m'intéresserait de dessiner son atelier de tissage. Elle emploie plusieurs jeunes filles et elles honorent des commandes de Tana. Elles étaient en train de faire des paniers quand je me suis incrusté dans l'atelier. L'ambiance était studieuse et les filles s'appliquaient sérieusement dans leurs tâches. Moi qui aime dessiner des gens faire des tâches manuelles, j'étais servi. »

C’est un très bel ouvrage qui nous permet de découvrir un pays, un village, des habitants, des souvenirs, des rencontres qui vont marquer Dwa : « Il y a quelques jours, quand on me disait Alatsinainy Bakaro, c'était juste le nom d'un bled que je donnais quand on me demandait où j'étais né. Maintenant, Alatsinainy Bakaro, c'est une ambiance, des couleurs, des rires, des sourires. Ce sont des gens sympas qui vous offrent le café, ou à manger, parce qu'ils sont contents de vous voir et peu importe s'ils n'ont pas beaucoup. C'est des gens qui descendent de leurs vélos discuter avec vous le long du chemin, quitte à arriver un peu plus tard à leur destination. Ce sont des inconnus qui n'hésitent pas à échanger avec vous et qui sont contents quand vous leur accordez un peu de votre temps. »

Brigitte Aubonnet 
(04/01/19)    



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Jeunesse








Des bulles dans l'océan

144 pages - 25














Dwa,
de son vrai nom Éric Andriantsialonina, né à Madagascar en 1982, a été primé meilleur artiste contemporain de la grande île en février 2018.