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Christine FÉRET-FLEURY


La femme sans ombre



Une tueuse professionnelle, passionnée par la musique de Richard Strauss, est chargée d’éliminer une cheffe d’orchestre. Le titre du roman est aussi celui d’un opéra de Strauss, comme une passerelle entre les deux femmes. Qui commandite ce crime et pour quel motif ? La tueuse ne le sait pas elle-même mais, pour sa propre sécurité, elle va devoir mener l’enquête et découvrir qui se cache derrière les ordres et l’argent qu’elle reçoit. Suspense garanti jusqu’aux dernières pages.

La tueuse n’est pas nommée, l’autrice s’adresse à elle à la deuxième personne du singulier. Comme une voix intérieure qui décrit les actes, mais exprime aussi les pensées, les souvenirs, les émotions.
« Avec celui-là, ce sera facile. Il est dans son trip, il doit se dire, quand il t'aperçoit enfin, qu'il a une vision érotique. Tu le lis dans son regard. Un regard absent, qui flotte. Ailleurs. Tu ne sais pas où.
Jusqu'à ce que tu lèves le bras. Mais il est trop tard : la balle fige la lueur de panique apparue in extremis dans ses yeux et il s'écroule, une étoile rouge entre ses sourcils épais. Juste au milieu.
Du bon travail. Propre et silencieux. Tu n'as plus qu'à rabattre ta capuche sur ta tête et à te diriger vers l'escalier de sortie le plus éloigné, du pas tranquille de la fille qui n'a rien à se reprocher. C'est le schéma prévu, immuable. »
En alternance et en caractères italiques, c’est le passé, les souvenirs d’enfance et d’adolescence, une éducation tyrannique qui tient du dressage, sa formation de tueuse professionnelle.

Et parallèlement aux chapitres consacrés à la tueuse, on voit vivre sa cible, Hope Andriessen, cheffe d’orchestre d’origine rwandaise. Petite fille, elle a échappé au génocide de 1994 en se cachant sous un lit pendant que sa famille était massacrée. Enfin, sa famille rwandaise, parce que son père lui était belge. Mais tout cela, on l’apprend peu à peu au fil des pages…
Pour elle, la direction d’orchestre n’est pas facile à imposer. Bientôt, elle va diriger Don Quichotte de Richard Strauss à Munich. « Dans deux semaines. Avec le Münchner Philharmoniker. D'excellents musiciens, pas forcément faciles, pas forcément heureux non plus à l'idée d'être dirigés par une femme d'origine rwandaise — gauchère de surcroît, même si la plupart l'ignorent. Elle sourit. "Femme, métisse, gauchère. C'est vrai que je cumule les handicaps". »

Ces deux femmes aiment la musique, Richard Strauss en particulier, et tout pourrait les rapprocher, d’autant plus que la tueuse mélomane éprouve une grande admiration pour la cheffe d’orchestre dont elle connaît le travail depuis une dizaine d’années, mais le sort en a décidé autrement. La tueuse n’a pas d’amis et la mort d’Hope Andriessen est sa nouvelle mission.

Mais pourquoi Hope Andriessen doit-elle mourir ? Pourquoi et par qui la tueuse est-elle chargée d’exécuter ce contrat ? Pas d’impatience, les réponses arriveront en leur temps…

Christine Féret-Fleury nous offre deux beaux portraits de femmes déterminées et combatives,  isolées dans la tour d’ivoire de leur position professionnelle, marquées par les violences du passé et les carences affectives, deux femmes que seule la mort est censée réunir quand le moment sera venu. Une belle idée, une bonne intrigue, un suspense très maîtrisé, une écriture claire et bien adaptée aux situations, tout est réuni pour satisfaire les plus exigeants lecteurs de romans noirs.

Serge Cabrol 
(17/06/19)    



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Noir & polar











Denoël

(Mai 2019)
256 pages - 17,90





Christine Féret-Fleury
a publié plusieurs dizaines de livres, pour les adultes et pour la jeunesse.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia




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