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Philippe GEORGET


Une ritournelle ne fait pas le printemps


Le Vendredi Saint, la procession de la « Sanch » se déroule dans les rues de Perpignan. Les pénitents, vêtus de leur « caparutxa », leur « longue robe de bure descendant jusqu’aux pieds » avec la cagoule pouvant dissimuler les visages, défilent suivant un itinéraire précis.Sept cent personnes, et la police placée aux endroits stratégiques qui surveille les mouvements, dont le lieutenant Gilles Sebag, flic bien connu des lecteurs et lectrices de Philippe Georget…

« Après la croix se rangea le premier misteri. Il y en aurait une trentaine. Portés sur les épaules des pénitents, ils reconstituaient les scènes du Calvaire. Le plus ancien datait du XVIIe siècle. Le plus lourd pesait 250 kg et nécessitait douze personnes pour le déplacer »

Dans un autre quartier de la ville, un bijoutier se fait agresser et voler, et à peu près au même moment, des pétards explosent lors du passage de la Sanch et provoquent une onde de panique. Un homme dans la procession s’effondre, sous sa caparutxa, il vient d’être poignardé. On va vite découvrir qu’il s’agit de « Christian Aguilar   né à Perpignan il y a soixante-trois ans » et apprendre que cet homme habitait l’ancienne maison de Charles Trenet, depuis que le chanteur l’avait vendue à ses parents. Christian Aguilar était pianiste, enseignait au conservatoire et donnait, chez lui, des cours particuliers à de jeunes élèves. Alors… Charles Trenet, les cours, la ou les rumeurs anciennes et récentes de procès et concernant certains personnages, célèbres ou non… Le pianiste aurait hébergé quelque temps un jeune homme, fils d’une personnalité de la ville, semble-t-il. Une piste ? Est-ce que le cambriolage, qui a détourné une partie de la police et qui a fait un blessé, est lié à ce crime ? Une perquisition dans la maison de Charles Trenet révèle des enregistrements de chansons inédites du « fou chantant ».  Un autre mobile, financier celui-là ? Une vengeance ?

Ses investigations vont mener le lieutenant dans différents quartiers de la ville,  comme ces petites rues où habite une population gitane sédentarisée ou comme ces quartiers huppés où vit la riche bourgeoisie.

Gilles Sebag cherche, ne déduit rien trop vite, poursuit plusieurs pistes, et ne se contente jamais des apparences ni, pour autant, des éventuelles injonctions de sa hiérarchie… Son intuition, sa perspicacité le conduisent.

Il faut dire que lorsqu’on lit les romans de Philippe Georget on se sent presque obligé de participer activement et, même si son équipe s’en charge, il nous vient l’envie de le questionner nous aussi : « Pourquoi cet indice est-il mis ici ? Ces propos soulignés ? Avons-nous bien suivi son raisonnement ? Car il nous promène, à travers ses déductions, voire ses remises en question ! Et la narration est si vivante, que l’on imagine interpeller le lieutenant : « vous êtes sûr ? Pourquoi relever ce point maintenant ?

L’auteur chercherait-il à nous égarer afin de mieux nous surprendre ? Sans doute, et son habileté n’est plus à démontrer… Alors on repense au premier chapitre, sans trop savoir pourquoi…

Car cette écriture claire, légère, mais seulement en apparence, séduit. L’humour se glisse toujours à bon escient et parfois à travers les détournements de proverbes ou d’expression populaires, comme : « Il ne faut pas prendre les messies pour des gens ternes ! » ou le titre lui-même.

Ne pas oublier non plus ces quelques traits où toute l’humanité du personnage apparaît, comme lors de cette rencontre avec un SDF, Le libraire, ainsi nommé parce qu’il fait la manche en donnant des livres : « Pour susciter la générosité rien ne vaut la poésie » dira-t-il à Sebag, avec qui il sympathise. Et de lui expliquer son expérience des meilleurs emplacements pour certains types de livres, romans, classiques, etc.

Ici encore nous sommes pris par cette écriture convaincante, précise et documentée. Nous réfléchissons, participons, apprenons ! Alors… what else ?

Anne-Marie Boisson 
(25/10/19)    



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Noir & polar








Editions Jigal
(Septembre 2019)
264 pages - 19








Philippe Georget,

né en 1963, journaliste, travaille d'abord pour Radio France et Le Guide du Routard avant de se lancer dans la télévision régionale. En 2001, il embarque femme et enfants dans son camping-car et fait le tour de la Méditerranée. À son retour, il pose ses valises dans les environs de Perpignan. Et c'est là, en pays catalan, qu'il situe la plupart des intrigues de ses romans qui ont été récompensés par de nombreux prix littéraires




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