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Maurice GOUIRAN


Qaraqosh


Quand on sait que l’on va commencer un roman de Maurice Gouiran, on a déjà l’eau, je devrais dire, avec le pastis, à la bouche mais surtout ce goût qui nous revient pour son personnage Clovis. Car il faut savoir que ce journaliste – actuellement free-lance – qui va enflammer notre curiosité comme notre sympathie, déniche et expose avec pertinence ce qui, parfois, n’est pas très joli à regarder, afin de nous amener à réfléchir justement sur une réalité jusque-là bien cachée parce qu’elle a ou avait dérangé ! Que ce soit un scandale bien dissimulé d’une période de notre histoire, ou des évènements contemporains peu reluisants, il réussit toujours à nous intéresser au problème, et au passage, à nous divertir. Son humour, associé à ses réflexions personnelles, vient ponctuer la narration et aérer à bon escient la gravité de certaines situations sans pour autant en banaliser l’impact. La fiction, ou les arrangements romanesques prétextes, parce qu’ils sont tricotés avec finesse et habileté, arrivent toujours à nous convaincre. Et puis, la saveur attendue de la garrigue, etc… « Mes fins d’été à la Varune ressemblaient à des cartes postales panoramiques découpées dans un décor sauvage de roches blanches, de garrigues brunies par la sècheresse du mois d’août et de grands pins solitaires piqués au-dessus des versants odorants et rêches qui espéraient désespérément la pluie. »

Dans ce nouveau roman, parallèlement au charme du décor habituel commençant à agir, un problème surgit qui prend la forme d’un certain Mikki. Le jeune homme vient demander asile et protection à son copain Frise-Poulet, petit-fils de la voisine et amie de Clovis, Tine, qui a dû l’élever : « Faut dire qu’à l’âge de huit ans, le niston avait perdu sa mère d’une overdose et son père d’une over indifférence. »
Clovis sollicité, et obligé d’être concerné, ne semble pourtant pas très enclin à accepter de « planquer » l’ami de Frise-Poulet : il le sent porteur de quelques problèmes, et comme lui confie son ami Milou :
« – Clo, je le sens pas ce zigoto…
Je ne le sentais pas non plus…
Milou entrevoyait déjà - avec beaucoup de clairvoyance - le sac d’emmerdes à venir. »

En parallèle, Emma Govgaline, lieutenante de police et amante de Clovis, vient de découvrir avec son partenaire du SRPJ, deux cadavres dans les environs. Ces hommes seraient-ils les premières victimes des poursuivants de Mikki ? Puisque celui-ci pour justifier sa demande d’aide, affirme avoir dû partir rapidement. Seraient-ce les individus qui le poursuivaient ? Des complices ? Mais pourquoi ? Parce qu’en Irak ils appartenaient tous les trois à Qaraqosh cette milice chrétienne créée justement pour combattre les forces terroristes. Il l’expliquera ainsi à Clovis, qui restera un peu dubitatif, malgré les questions qu’il pose, et auxquelles le jeune homme semble répondre avec sincérité en étayant ses propos d’explications détaillées.

Par le plus grand des hasards ( !) il se trouve que Clovis doit se rendre à Prague recueillir des informations concernant un article commandé à propos de la bibliothèque d’Himmler consacrée à l’ésotérisme et récemment retrouvée. Or, justement le point de départ, le cœur de cette milice, a été créé dans cette ville ! Clovis, évidemment, tout en se renseignant pour son article, en profitera pour faire quelques recherches sur Qaraqosh afin de mieux comprendre ce qu’est venu faire ce Mikki dans le paysage de sa garrigue ! En même temps, il va pouvoir aider sa copine dans son enquête. Car les liens semblent se confirmer entre les cadavres découverts et la fameuse milice ! »

Petit à petit se reconstituera ainsi l’histoire de Mikki et de ses amis, et apparaîtront les véritables raisons de leur départ d’Irak… Mais il y aurait-il un rapport avec certains des objets volés par les djihadistes ? « Après s’être rués sur les statues impies pour les détruire, les djihadistes se rendirent compte du profit qu’ils pourraient tirer de leur vente. L’argent n’est-il pas le nerf de la guerre ? »

Et bien sûr, l’enquête se poursuivra dans les pays d’origine des victimes, des connexions apparaîtront et notre curiosité sera satisfaite…

La tournure que prendra l’enquête dosera, encore une fois, logique, psychologie, suspense et humour, bien sûr… !

Mais sans rapport direct avec l’intrigue, je ne peux résister à donner certains commentaires de notre journaliste :
À propos des documents consultés à Prague : « J’ai trouvé que c’était quand même curieux, cette manie de chasser les sorcières et jamais les sorciers […] J’entends déjà les explications plus ou moins grivoises de ces gros misogynes qui portent des regards butés sur les femmes sans enfants, âgées ou célibataires. Pour eux, les premières sont forcément dénuées de bienveillance, les deuxièmes sont laides et les troisièmes malheureuses ! »
Ou ce dernier, pour le plaisir, à propos de la ville de notre auteur (et de son personnage) : « À Marseille, nous avions jadis un joli réseau de tramway d’une centaine de lignes. Je me souviens avec émotion de celle superbe, qui nous conduisait de l’Estaque au centre-ville en longeant la mer […] On a donc arraché les rails, bitumé les pavés et acheté des quantités d’autobus et de trolleys. Près de cinquante ans plus tard, les fils – ou les petits-fils – de ces grosses tronches se sont mis en tête de remettre le tramway à l’ordre du jour. On a donc cassé le macadam, créé des nuisances, coulé au passage pas mal de commerces, pour développer… deux lignes ! »
Et ça aussi, c’est le Maurice Gouiran que nous aimons lire !

Anne-Marie Boisson 
(14/08/19)    



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Noir & polar










Editions Jigal
(Mai 2019)
264 pages - 9 €










Maurice Gouiran,

auteur d'une bonne trentaine de romans, voit désormais ses livres sélectionnés dans la plupart des prix du Polar.

Bio-bibliographie
de Maurice Gouiran
sur wikipédia




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