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Sylvie KRIER

Un cheval dans la tête



En une suite de courts chapitres ouverts par deux ou trois lignes qui en annoncent le contenu, à la manière de certains romans de Jules Verne ou Voltaire, Sylvie Krier nous invite à suivre les aventures sentimentales, familiales et professionnelles de Jack, un ancien cascadeur reconverti dans l’élevage des chevaux, qui tire le diable par la queue. Les factures s’entassent sur son bureau et les huissiers viennent régulièrement lui rendre visite.

« J'élève des chevaux. Un métier qui suscite de la méfiance, dont personne ne comprend la finalité car il rapporte peu. Je ne possède aucun bien. […] J'exploite quelques hectares d'une terre pourrie de cailloux. Des tonnes de silex qui remontent comme par magie, et réapparaissent, même lorsqu'on les retire régulièrement. »

Jack n’est pas seul sur son exploitation. Il est aidé par Chayton, un homme étrange, parfois violent, mais qui travaille dur par tous les temps, sans autre salaire que le gîte et le couvert.

Sur le plan familial, il a un frère, Mickey, avec qui les relations sont à la fois fraternelles et conflictuelles. Ils se voient souvent mais il y a des contentieux entre eux, on les découvrira au fil du roman. Et il a une fille, Louise, née d’une histoire d’amour avec Snip, la photographe qui le suivait sur les tournages. Quand il a eu un accident et arrêté les cascades pour créer son élevage, elle a trouvé la vie avec lui moins passionnante. « Comme si l'interruption du voyage avait mis un frein à notre connivence. Elle était devenue plus distante. […] Puis elle était partie à droite, à gauche, avec son appareil. Elle rentrait de moins en moins souvent. Puis plus du tout. Jusqu'au jour où j'ai reçu la photo d'un bébé emmitouflé dans une peau de bête. » Jack a vu sa fille de temps en temps, pour Noël ou des anniversaires. « Je la voyais grandir sans même m'en apercevoir. Le fossé instauré entre nous s'élargissait considérablement, pour devenir peu à peu insurmontable. Je me sentais irascible, coléreux. » Maintenant, Louise a quatorze ans.
Et au moment où s’ouvre le roman, elle est là, devant la porte de Jack. « Snip avait décrété d’un seul coup que Louise devait connaître son père. Elle n’en venait plus à bout, ce qui ne m’avait pas surpris. » Louise vient donc s’installer chez son père quelque temps.  C’est une ado au caractère bien trempé, plus accrochée à son portable, ses copines ou son petit ami, que passionnée par le lycée ou l’élevage de son père. La cohabitation ne va pas être une sinécure…

Sur le plan sentimental, il y a Célie avec qui il entretient une relation épisodique. « Cette fille est différente de celles que je fréquente habituellement. Célie est réservée. Quand elle ouvre la bouche, elle vous balance toujours une remarque à laquelle on ne s’attend pas. » Célie a aussi ses soucis, avec un ancien amant devenu menaçant, avec sa mère qui l’a toujours rejetée, avec sa grand-mère qu’elle adore mais qui commence à avoir des problèmes de santé…

Le roman est écrit à la première personne mais, selon les chapitres, on change de narrateur. Souvent Jack, bien sûr, mais de temps à autre Louise ou Célie prennent la parole, ce qui fournit un regard extérieur sur l’irascible cow-boy.

Harcelé par les huissiers, Jack va essayer de voir si l’herbe est plus verte ailleurs et le roman se transforme en road-movie pendant quelques chapitres. « Mon père m'a expliqué qu'on allait partir pour un temps indéterminé. J'espère que ça ne va pas durer trop longtemps. Je lui ai fait comprendre que j'allais rater des cours. Il a eu l'air de s'en foutre. Royalement. Pour une fois, c'était pas un problème. Il a dit que c'était une NÉ-CE-SSI-TÉ, d'un air pas commode. Je suis dans la caisse du pick-up. C'est cool. On prend des chemins pourris, cahoteux, mais des fois aussi, il y a des voûtes d'arbres qui font une drôle de sensation. Je fais des tonnes de snaps stylés que j'envoie à tout le monde. Mon père est devant sur son cheval. Il a attaché le deuxième cheval à la caisse du pick-up pour qu'il suive. » C’est le fidèle mais incontrôlable Chayton qui conduit le pick-up.

Mais déplacer les problèmes ne suffit pas toujours à les régler. Finalement, c’est peut-être Mickey qui va trouver une solution aux soucis financiers de son frère…

Un beau premier roman ! On se laisse entraîner par le rythme de ces courts chapitres aux voix changeantes et aux sentiments exacerbés, colère, tendresse, rébellion… Chaque personnage a ses raisons de passer par des émotions très contrastées et on les accompagne avec beaucoup d’empathie. Ce roman choral dans un décor de western est d’une grande richesse humaine et d’une belle qualité littéraire.

Serge Cabrol 
(25/09/19)    



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Sylvie KRIER, Un cheval dans la tête
Serge Safran

(Septembre 2019)
206 pages 17,90












Sylvie Krier
Un cheval dans la tête
est son premier roman.