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Nicolas MATHIEU

Rose Royal


En ces temps de mobilisation contre les féminicides et les violences faites aux femmes, ce texte trouve une résonnance particulière tant le sujet est au cœur de ce court roman.

Rose, bientôt cinquante ans, mariée à vingt ans, deux enfants et divorcée, a souvent été confrontée, et depuis l’enfance, à ces colères masculines plus ou moins extériorisées.
Une phrase pendant un repas suffit parfois à raviver cette crainte jamais totalement éteinte.
« Ces quelques mots la ramenaient à mille autres repas pris en craignant l'orage. Ils lui rappelaient son père, et des relations boiteuses, ces hommes devant qui il fallait s'aplatir, par peur et d'instinct. Depuis qu'elle était gamine, elle devait composer avec ça, leurs coups de sang, leur violence toujours possible, leur despotisme buté, le La que donnait l'humeur des hommes aux vies des familles. Elle se souvenait de son père qui jetait les assiettes sur le carrelage parce que la soupe était trop chaude. Elle se souvenait de son mari qui s'enfermait dans le garage pour bricoler pendant des heures, tandis qu'elle s'occupait des gosses. Et puis les autres, Éric, Serge, Christian ou Benoît, tous ces mecs tendres et intraitables, avec leurs certitudes, leurs colères recuites, des gamins qui faisaient des caprices, au fond. Tout ça lui remontait par bouffées. »

Maintenant, Rose ne veut plus subir la moindre violence masculine et, pour concrétiser sa décision, elle s’est offert « un petit revolver sur un site américain, calibre .38, cinq boîtes de cartouches, 650 €. La dépense était considérable et en disait long. » Elle a appris à le démonter pour le nettoyer et s’est entraînée dans les bois. « Il lui importait avant tout de ne pas avoir l’air ridicule si elle devait brandir cet engin au visage d’un homme. La peur devait changer de camp. »

Depuis son divorce, grâce à internet, elle a rencontré des hommes qui « s'étaient montrés plutôt aimables et doux. Exactement ce qu'elle voulait sur le papier. Seulement, ils l'ennuyaient. Très vite, alors qu'ils parlaient de leur job, de leur ex-femme, de leurs gosses ou lui posaient des questions sur ses loisirs, l'esprit de Rose se mettait à vagabonder. »
Et elle a décidé d'arrêter les frais. Sans avoir eu l’occasion de sortir son arme.

Mais voilà que dès le premier chapitre du roman, elle rencontre un homme qui s’intéresse à elle, l’invite à boire un verre et une vraie relation se noue rapidement. Il gagne pas mal d’argent en retapant de vieux appartements, bureaux ou locaux commerciaux  qu’il revend avec une jolie marge. Il travaille avec deux ouvriers qu’il paye au black. Il a une belle maison et roule en 4x4. Comme elle, il est divorcé. Ils se découvrent beaucoup de goûts communs.  Tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il n’y avait quelques soucis d’addiction à l’alcool et de sexualité inaboutie. À chaque fois, Rose essaie de se montrer compréhensive tout en espérant mieux…

Au fil des pages, le lecteur sent la tension monter, les phrases et gestes maladroits créer des moments de gêne, les réconciliations succéder aux irritations. Jusqu’où tout cela peut-il aller ? Surtout quand on sait que Rose a toujours son revolver et que Luc le sait aussi. Rose se laisse-t-elle trop séduire par la vie facile avec Luc ? Luc est-il vraiment inquiétant ou dangereux ? Suspense…

Serge Cabrol 
(25/11/19)    



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Noir & polar








Éditions In8
Collection Polaroïd
(Septembre 2019)
80 pages - 8,90 €






Nicolas Mathieu,
né en 1978 à Épinal,
a obtenu plusieurs prix pour
Aux animaux la guerre
et le Goncourt 2018 pour
Leurs enfants après eux.


Bio-bibliographie sur
Wikipédia



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Aux animaux la guerre