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Florence MEDINA


Direct du cœur


Timothée n’aime pas trop l’école. Il est en début de première et pour gagner des points au bac sa mère l’oblige à prendre une option. Il reste peu de choix et Timothée doit s’inscrire à l’option LSF. Cela ne l’emballe pas car le cours est placé le vendredi soir, moment où il pourrait se détendre. Il y va donc à reculons mais Sonia, la prof, est plutôt originale. Les élèves ont interdiction de parler pour ne communiquer que par signes. « Au premier abord, je me demande comment cette prof va se débrouiller pour nous faire cours, pour nous tenir, pour nous apprendre quoi que ce soit. Mais en sortant de la première séance, je suis étonné de tout ce que j'ai compris sans que jamais cette femme ne parle, au sens où j'entends "parler" d'habitude, c'est-à-dire prononcer des mots avec sa bouche. » Timothée est donc agréablement surpris et intéressé par son premier cours. Nous découvrons avec lui la communauté des sourds signants, comment sont déterminés leurs prénoms avec un signe, comment ils se retrouvent dans un Café Signes, ce que sont les CODA : Child Of Deaf Adults.

Timothée s’interroge sur l’Implant Cochléaire : « Pourquoi ils veulent pas se faire implanter, les sourds ? C'est une super-invention, l'implant cochléaire ! Moi, si j'étais sourd et qu'on ait inventé un appareil qui me permette d'entendre, ben, je serais super-content. »

C’est un sujet qui fait débat : « Nelly vient de m'envoyer pas moins de huit liens vers des articles sur l'implant cochléaire, des assos d'anciens implantés, une émission de L'Œil et la Main. Le tout accompagné du message : "Si jamais tu voulais profiter de l'occasion pour devenir un peu moins con plutôt que de juste rattraper cinq points au bac..." »

Parfois, Timothée a du mal à comprendre certains positionnement : « C'est pas facile pour l'entendant lambda d'imaginer qu'il existe une "fierté d'être Sourd*", d'admettre que les sourds ne se voient pas comme des handicapés, mais comme une "minorité linguistique", que la LSF n'est pas une vague adaptation gestuelle du français mais bien une "langue à part entière", qui existe en dehors de toute traduction ! Difficile de comprendre que les sourds, ou du moins certains sourds, considèrent les gens qui veulent absolument les faire entendre comme des nazis en puissance. Je suis sur le cul. » [* Le mot "Sourd" avec une majuscule désigne les personnes sourdes qui utilisent la langue des signes et revendiquent la culture sourde.]

Timothée va aussi rencontrer deux jeunes sourds qui ne portent plus leurs implants, Jeanne et Lucas. Il découvre donc les raisons qui poussent certains à renier leur implant quand cela ne donne pas les résultats attendus : « Mais oui ! J'ai un pote d'enfance qui a été implanté à peu près au même âge que nous. Il entend, il parle, il signe, il choisit d'allumer ou d'éteindre son implant quand il veut entendre ou pas. Jeanne peut pas le saquer. Il est tout ce qu'elle voulait être et qu'elle renie aujourd'hui. »

La problématique de l’identité existe au long du roman ainsi que l’affirmation de soi à un âge, l’adolescence, où tout est bien compliqué. Nous suivons Timothée dans ses relations aux filles ce qui n’est pas toujours simple. Jeanne qui le fascine s’intéressera-t-elle à lui ?

C’est un roman très agréable à lire qui nous permet de suivre l’évolution d’un adolescent avec ses espoirs, ses déceptions, ses contradictions, ses premiers émois amoureux, sa découverte du monde des Sourds ainsi que sa relation avec sa mère et celle très compliquée avec son père qui n’a jamais vécu avec eux. Beaucoup de sensibilité, de sincérité et d’émotions émergent de ce roman.     

Brigitte Aubonnet 
(20/05/19)    



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Jeunesse








Magnard

224 pages - 13,90











Florence Médina,
née en 1968, interprète
en Langue des Signes Française, a déjà publié
La Lune avait bu et
Une poussière d'étoile
dans l'œil
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