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Hervé MESTRON


Cendres de Marbella / Gardien du temple


Des mômes tueurs, dans la rue depuis l’âge de 5 ans, voilà les personnages de ces deux nouvelles d’Hervé Mestron.

Dans Cendres de Marbella, les jeunes de 15 ans n’ont rien à perdre. Dick vit dans la cité Ravel. La vente de la drogue est bien organisée. Ziz a pour but de vivre d’argent légalement gagné mais il est dans l’engrenage de la drogue et de la violence. Ziz tue des hommes de la cité d’en face pour venger un enfant qui a été assassiné. Samy, le frère de Ziz, est en prison, et ce dernier se retrouve seul dans leur appartement. Pour payer le loyer, il vend de la drogue.
Beaucoup d’humour égaye le texte qui relate la dure réalité vécue par certains : « Je me limite au teushi et j’ai l’impression d’être un peu le médecin aux méthodes douces, style ostéopathe/acupuncteur. La joie des clients quand tu arrives, tous des bobos, artistes, profs, traders, show-biz, chômeurs. C’est tout juste si certains ne sortent pas leur carte Vitale. »
Ziz mène une double vie. Il construit un réseau parallèle et avec Elsa se fait appeler Mat. Le passé ressurgira tout de même car il est très compliqué de séparer le monde de la cité et sa vie avec Elsa.   
Les parcours sont complexes entre galère et espoir, vente de drogue, violence et aspiration à un fonctionnement classique qui rapporte beaucoup moins d’argent et ne permet pas de frimer en permanence : « Un boss, c'est avant tout un chef d'entreprise. Après, que tu vendes de la came, des armes, ou des salsifis en boite, c'est une histoire de goût ou de destin. Dick m'avait appris celui du travail bien fait J'avais parfois suivi ses conseils avec zèle, j'avais le gun facile, je ne veux pas le cacher. Le gun, tu vois, c'est efficace, on a beau dire tout ce qu'on veut. »

Dans Gardien du temple, nous suivons les mêmes personnages.
Un gouvernement de droite légalise le cannabis ce qui enlève le boulot des vendeurs. Ziz est en prison alors que Dick continue son trafic et, de plus, sort avec Elsa. Il propose tout de même à Ziz de l’héberger à sa sortie de prison. Ils ont besoin l’un de l’autre mais une terrible spirale de violences commence. Ziz trouve enfin un travail comme agent de sécurité. Grâce à son CDI, il peut louer un appartement mais s’en sortira-t-il définitivement ou son passé viendra-t-il s’inviter, marqué au fer rouge par sa vie antérieure qui émerge par vagues ? 
Nous suivons le parcours de Ziz en prison avec ses contraintes : « L’enfer, ce n’est pas la visite, c’est ce qui suit la visite. Tu es fouillé. Tu peux refuser de montrer ton sboub mais le surveillant tient quand même à passer le caleçon aux rayons X. » 
La relation est complexe avec les copains, la sortie de prison se vit entre espoirs et galères. Trouver un travail légal sera peut-être possible : « Au retour, je m'endors dans le métro, comme un mec qui n'a rien à se reprocher. De ma vie, je n'ai jamais été aussi bien de me sentir crevé. Je ne sais pas trop l'expliquer. Je me dis que j'ai la chance de passer un bon moment, peut-être le dernier. J'ai presque de l'admiration pour moi, enfin, l'espace d'une formation,
je vais peut-être réussir à ne pas me faire dessus. Ça me plaît d'apprendre toutes ces choses utiles, même si je sais que j'en serai réduit à faire le vigile dans une galerie commerciale et que des gamins viendront me provoquer pour vérifier si j'ai une arme de service. Et qu'au final, j'aurai l'air d'un plouc. Ça va, j'ai lu des témoignages d'agents de sécurité. Ils finissent tous un jour ou l'autre par donner leur démission tellement ils en crèvent de ne rien pouvoir faire, sinon participer à la farandole Vigipirate. »
Se sortir des galères est difficile mais la reconnaissance est un élément essentiel : « Gros triomphe pour ma pomme, un peu le héros du soir, même si je n'ai fait que mon boulot. Mais je sais que j'ai les yeux qui brillent devant tous ces gens bien sapés, instruits, bienveillants, qui m'ont accueilli les bras ouverts, sans me demander qui j'étais, ni d'où je venais. Ne pas se sentir jugé, putain, c'est la première fois. Et je dois faire un effort pour ne pas chialer, je suis pas trop habitué à ce qu'on m'aime. »

Ces deux textes, qui ne manquent pas d’humour, nous mènent au cœur d’un monde de violence où l’humain est toujours présent. L’écriture d’Hervé Mestron met parfaitement en valeur la complexité de ces vies qui se trouvent prises dans un engrenage souvent destructeur.    

Brigitte Aubonnet 
(18/11/19)    



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Lectures







Hervé MESTRON, Cendres de Marbella
Antidata

(Février 2017)
78 pages - 7



Hervé MESTRON, Gardien du temple
Antidata

(Juin 2019)
64 pages - 7







Hervé Mestron,
musicien de formation,
a déjà publié une cinquantaine de livres.



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de l'auteur :
www.hervemestron.com





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