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Richard MORGIÈVE


Le Cherokee



C’est à une traque infernale que nous convie Richard Morgiève dans ce roman noir, très noir, malgré quelques éclats de lumière. En 1954, un shérif poursuit un tueur en série qui jouit de la terreur et de la souffrance de ceux et celles qu’il torture et assassine. Nous ne le voyons pas commettre ses horreurs parce que l’enquêteur arrive toujours sur les lieux des crimes après le départ du meurtrier, comme dans un jeu morbide du chat et de la souris, où le chat se délecte des errances de la souris, mais sans qu’on sache, au bout du compte, qui est le chasseur et qui est la proie. Si on ajoute à cela une affaire parallèle avec un avion sans pilote et la disparition d’une bombe atomique, on obtient une histoire aussi fascinante que trépidante où les rebondissements ne cessent de s’enchaîner. Et au milieu de toute cette noirceur, il y a un autre mystère, celui de l’amour, où le shérif a bien du mal à comprendre ce qui lui arrive.

« Corey était du genre plutôt grand, maigre, et à cette heure il avait des yeux plutôt blancs – carrément bizarres, blancs, ou rétrécis et noirs. Un regard de boa qui aurait marché debout. Ça ne mettait pas à l'aise ceux qui le fréquentaient. Il était vêtu d'un pantalon marron, d'une chemise en laine dans les bruns et d'un vieux blouson en cuir à col de fourrure, avec l'étoile de shérif piquée sur le cœur comme si c'était un papillon. Les gens du coin n'aimaient pas spécialement l'uniforme et lui non plus. Pour dire vrai, il ressemblait plus à un fermier qu'à un poulet. Les cheveux assez longs et striés de blanc rajoutaient à la confusion. Toutefois la large cicatrice sur son visage de totem taillé dans du bois à matraque amenait à réfléchir sur sa vraie personnalité. »
Beaucoup « se faisaient sur lui une idée qui n’était pas la bonne », sous-estimant ses qualités d’enquêteur, son courage et sa ténacité. Régulièrement, d’ailleurs, au fil du roman, il nous rappelle quelques qualités essentielles du fin limier.
 « L'enquêteur était le psychanalyste des bords de route. Il écoutait leurs rabâchages, leurs plaintes, leurs remarques sur le temps passé. Les routes avaient un inconscient, comme les baignoires, les éviers, les rails et les couteaux. La poussière et les ornières. L'enquêteur devait écouter d'une oreille distraite jusqu'au moment où il entendait le bruit singulier de l'indice. »

Dès les premières pages, le shérif est confronté à deux faits troublants. Tout d’abord une voiture abandonnée sur le bord de la piste, avec un parfum de femme à l’intérieur, mais sans présence humaine à proximité. Et pendant qu’il examine la voiture, un avion militaire, un chasseur Sabre, passe très bas au-dessus de lui, sans lumière et sans bruit, réacteur coupé, train d’atterrissage sorti, avec une odeur de brûlé.
Corey remonte dans sa Jeep et suit l’avion jusqu’à ce qu’il se pose, roule en cahotant et s’arrête. Là encore, aucune trace humaine. Un avion sans pilote…

Le shérif prévient les autorités et aussitôt la cavalerie débarque à grands renforts d’hélicoptères, camions et voitures. Un large périmètre de sécurité est installé autour de l’avion de guerre. La zone est abritée des regards et mise au secret. Aucune info ne doit filtrer. Les services spéciaux sont sur les dents et parmi eux le FBI dont l’agent spécial Jack White, détaché auprès du président des États-Unis, preuve que cette étrange histoire intéresse au plus haut niveau. White vient rencontrer le shérif. Cette rencontre sera suivie de plusieurs autres et une relation s’instaure entre eux qui les surprend autant l’un que l’autre…

Par contre la voiture abandonnée n’intéresse personne mais, d’indice en indice, elle va conduire Corey sur les traces d’un monstrueux tueur en série qui place sur chaque nouvelle scène de crime un élément provenant d’un meurtre précédent, comme un diabolique jeu de piste qui ramène le shérif vers de douloureux souvenirs d’enfance…

Étrange cocktail de violence et d’émotion, de western, de polar et de roman d’amour. L’auteur réussit encore un livre inattendu, surprenant, d’une écriture superbe, qui nous fait voyager parmi les souvenirs et les sentiments de deux personnages peu ordinaires. Tendresse, délicatesse, efficacité, avec une dose d’humour pour décrire ce shérif désabusé, qui n’obéit qu’à son devoir et à son intuition. Une grande réussite, à ne pas manquer, pour sortir résolument des sentiers battus…

Serge Cabrol 
(25/03/19)    



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Lectures








Joëlle Losfeld

(Janvier 2019)
480 pages - 24 €










Richard Morgiève,
né en 1950, dramaturge, romancier, scénariste et comédien, a déjà publié une trentaine de livres.


Bio-bibliographie
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