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Lola NICOLLE

Après la fête



Que laisse-t-on derrière nous en grandissant ? De quelle part doit-on se délester pour continuer à évoluer ? Sur quelles ruptures, quelles désillusions, quels changements se construit notre nouvelle identité ?

Raphaëlle a une vingtaine d’années et la vie devant elle. Une vie qui se construit sous de bons auspices, ceux de la littérature (elle sera éditrice), de l’amitié (ses camarades de classe forment autour d’elle un réseau d’amis épanouissant) et de l’amour (avec Antoine qui a intégré en cours d’année sa promotion).

C’est l'histoire d’amour avec ce jeune homme, de leur rencontre à leur rupture, qui forme le cœur de ce roman. Durant deux années les jeunes gens vont grandir ensemble, découvrir et partager nombre de choses (en premier lieu les livres et le rap) sans arriver toutefois à gommer leur différence de classe sociale. Car, loin d’être issu de la petite bourgeoisie comme sa compagne, Antoine vient d’une famille modeste et devra fournir beaucoup plus d’efforts, faire preuve d’une grande capacité d’adaptation pour, de Bondy rallier les beaux quartiers parisiens où se nouent les destinées éditoriales. Entre les deux c’est à Château-Rouge qu’il s’arrêtera quelque temps, dans l’appartement de Raphaëlle : « ce grand studio, quartier de la Goutte-d’Or, dans le dix-huitième arrondissement. Cet appartement constituait une présence rassurante. Nous semblions, lui et moi, faire corps. Lorsque j’avais emménagé, il était déjà meublé. Curieusement, il m’avait ressemblé sans que j’eusse à faire le moindre effort. » C’est là qu’ensemble et en dépit de ce qui les séparera peut-être, ce jeune couple va entrer dans l’âge adulte.

Qui a lu Nous oiseaux de passage (Blancs Volants, 2017), recueil poétique de Lola Nicolle, décèlera sans peine une large part autobiographique dans Après la fête qui emprunte de nombreux thèmes à ce précédent livre. Nous retrouvons en effet l’évocation d’un voyage aux États-Unis, le dix-huitième arrondissement de Paris comme quartier d’adoption et plus largement la grande attention portée aux endroits qui abritent certaines périodes de nos vies. Car si l’on se construit au contact des êtres on le fait aussi à travers des lieux, semble nous dire ce roman qui rend un bel hommage à la diversité et la beauté étrange du quartier populaire qu’est Château-Rouge.

Bien que son texte soit très ancré dans un espace et un milieu socio-culturel précis, Lola Nicolle arrive à dépasser le cas particulier pour dresser le portrait d’une génération. Le roman ne s’ouvre-t-il pas sur l’attentat perpétré au Bataclan ? sur ces « balles [qui] traverseraient les décennies, nous constituant en “génération” » ? Et, plus largement encore, Après la fête rappelle à tous, par petites touches subtiles, ce moment où, de jeunes gens insouciants, nous sommes sensiblement devenus de jeunes adultes.

« L’enfance ressemblait à une sorte de longue et épineuse errance qui vous baladait sur des lieux qui n’étaient pas tout à fait vôtres. Qui faisaient semblant de vous appartenir, sur lesquels vous n’aviez aucune prise. Dans le mouvement d’humeur d’un proche, ils pouvaient vous échapper pour toujours, disparaître en ne laissant dans votre esprit qu’un cotonneux souvenir. Comme les rêves qu’on tente au réveil de décrire. Seuls quelques détails viennent étayer la narration : Un portail gris, un tableau, un hortensia. Et puis, le vertige. »

Amandine Farges 
(16/09/19)    



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Lola  NICOLLE, Après la fête
Les Escales

(Août 2019)
160 pages 17,90








Lola Nicolle,
née en 1992, est éditrice. Après un recueil de poésie, Nous oiseaux de passage (Blancs Volants, 2017), elle signe ici
son premier roman.