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Pierre PÉJU

L’œil de la nuit


L’œil de la nuit... Un roman au titre à la fois poétique et énigmatique.
Que réserve-t-il au lecteur ?
Une histoire sombre et tourmentée, celle du docteur Horace Frink, médecin à New York, pionnier dans l’exercice de la psychanalyse.

Le romancier Pierre Péju, professeur de philosophie et diplômé en psychologie, s’empare du sujet de main de maître.
Il construit son roman de telle sorte que le lecteur ait de l’histoire  une vision à 360 degrés. La multiplication des points de vue l’installe dans la confortable position de celui qui domine une situation dont il comprend les tenants et pressent les aboutissants, tout en bénéficiant d’un suspense haletant.
 
Horace Frink, troublant héros, avait à l’évidence une prédisposition au malheur. Il l’exerça tout au long de sa vie et fut son propre bourreau. Mais il fut aussi victime de circonstances néfastes et de relations toxiques, comme on ne disait pas encore à l’époque.
Parmi celles-ci – à qui se fier ?! –  Sigmund Freud lui-même !

Pierre Péju nous donne alors à voir le Maître, le père de la psychanalyse, sous un jour cru et peu flatteur. Il s’inscrit en cela  dans un courant de remise en cause, non seulement de l’efficacité de la psychanalyse freudienne, mais plus encore de l’intégrité morale de son inventeur.

Freud n’est certes pas seul dans le récit, comme dans la réalité, à vouloir porter haut et fort sa nouvelle pratique thérapeutique, puis à l’exporter loin. Son ambition est de conquérir la jeune et vaste Amérique. Il est entouré d’éminents confrères, tels Jung et Ferenczi. La bataille d’ego fait partie du jeu, la dissidence de Jung est évoquée, mais l’arrogance et l’art de la manipulation sont réservés au maître.

L’action du roman se déroule entre 1890 et 1936. L’auteur la replace avec soin dans son cadre historique, social et culturel. De même qu’il  brosse avec  nuances  les différents lieux fréquentés par le personnage principal : les pays, les villes, les quartiers, les paysages, tous ont leurs spécificités, leurs couleurs, leurs sons.

Le récit s’ouvre sur l’année 1915. Horace Frink est un homme jeune, brillant, remarquable et  réputé. Sa réussite n’a pas été une promenade de santé, mais il a surmonté les obstacles. Et pourtant... nous n’allons pas tarder à le découvrir dans un état pitoyable.

Son épouse comprend et supporte ses états d’âme, ses incartades, avec douceur et patience. C’est par elle que nous apprenons que son mari  « écrit en ce moment un livre sur la nouvelle théorie thérapeutique du docteur Freud, sur certains patients, sur sa propre vie... Cela l’oblige à fréquenter les profondeurs de l’esprit humain. Ou plutôt son marécage. »

Lui, surenchérit « Mon cœur me lâche, je le sens. Je vais crever. Là, maintenant. »

L’ami médecin qui l’accompagne se veut rassurant : « ... Juste la grosse cuite d’un type compliqué. » Bien qu’il ajoute : « ... Un homme dont les vieilles blessures saignent en silence ... Profonde solitude humaine du Dr Frink »

L’histoire, en dépit du caractère ténébreux et du parcours chaotique du personnage principal, ou peut-être grâce à cela, est éminemment romanesque. Horace n’est pas l’ennui incarné, loin de là ! Il paiera d’ailleurs très cher son pouvoir de séduction. (Comble de l’ironie, il délaissera son angélique épouse pour une certaine Angelica qui fera de sa vie un enfer...)

Le romancier déroule l’intrigue dans une langue vive, sensorielle, élégante. Il joue avec les mots, leurs sons, leurs associations. Il relève leur pouvoir  de mise à nu de l’inconscient. Le lecteur est tenté de s’improviser lui-même psychanalyste...

À ce petit jeu, nous aimerions, sans vouloir trahir l’auteur toutefois, emporté dans notre élan de lecteur convaincu, proposer une extension psychanalytique au titre de cette œuvre captivante... Au vu du diagnostic émis par Freud quant à la cause du mal-être de son confrère-patient, Horace Frink, cet œil de la nuit ne serait-il pas cousin germain de l’œil qui était dans la tombe et regardait Caïn ?

Catherine Arvel 
(25/10/19)    



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Gallimard

(Octobre 2019)
432 pages - 22





Pierre Péju,
né à Lyon en 1946, philosophe, romancier et essayiste, a publié de nombreux ouvrages et obtenu, entre autres, le Prix du Livre Inter pour
La petite Chartreuse  et
le Prix du roman Fnac
pour Le rire de l’ogre.



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